Quand un ministre dit n’importe quoi, on le signale 

« Le voile n’est pas souhaitable dans notre société », quand il s’agit de parler des femmes musulmanes, le ministre de l’éducation nationale n’a pas la langue dans sa poche. Malgré le fait que la jurisprudence administrative se soit prononcée contre son avis personnel, c’est-à-dire en autorisant le port du voile aux personnes accompagnatrices des sorties scolaires, Jean-Michel Blanquer n’en démords pas. Il s’était déjà exprimé contre lors du débat sur «l’école de la confiance », rappelez-vous, cette loi qui va entre autre fliquer les profs et mettre des drapeaux européens et français dans les classes pour s’assurer de bien former la jeunesse. Mais si la loi permet le port de ce vêtement comme il le concède finalement ce dimanche sur BFM TV,  le ministre ajoute : « nous ne souhaitons pas encourager le phénomène ». Un phénomène dont il estime que ce qu’il « dit sur la condition féminine n’est pas conforme à nos valeurs ».

S’agit-il simplement de remarques réactionnaires comme on en entend tous les jours désormais sur les plateaux de télés ? Faut-il ignorer que désormais des journaux comme le Figaro font des sondages en ligne pour demander à la population leur avis sur le port du voile dans tel ou tel contexte sans qu’à aucun moment, l’honnêteté intellectuelle les incite à rappeler qu’il s’agit d’un droit, et que peut-être ne doit-on pas marchander avec cela ? Car c’est dans ce contexte que les propos du ministre doivent être replacés. Il a dû lui-même réagir ce week-end à la polémique suscitée par un élu RN (Julien Odoul) du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté à Dijon qui avaient sommé une femme voilée, accompagnatrice d’une sortie de CM2 de quitter la salle de l’institution au nom de la « laïcité et la République».

Les Blanquer permettent les Julien Odoul. Ils partagent une place dans le même spectre, qui va de l’indécence incarnée, au racisme voilé. Il faut bien que l’un stigmatise le voile comme dégradant pour que l’autre instrumentalise la laïcité et la République pour en exclure les musulmans. L’acharnement politique chaque fois qu’une femme voilée s’affiche dans un lieu public est un venin pour notre société. Sur la plage, sur scène, dans nos institutions, chaque fois que démonstration est faite que ces femmes mènent leur vie, on l’efface pour n’y voir qu’un voile. C’est ensuite que le continuum s’élargit…

Déjà présent dans les détournements d’affiche de la FCPE par le Printemps Républicain, ce  signe de continuité entre le port du voile et le djihadisme est inadmissible. Il induit un amalgame dangereux, stigmatisant, injuste, ne permettant en rien de faire reculer Daesh et le terrorisme qui l’accompagne. Il bafoue précisément nos principes fondateurs au nom desquels nous combattons l’idéologie mortifère qui nous menace.

En France, on dit musulman, islamiste, terroriste aussi vite qu’il en faut pour dire salade, tomate oignons au grec du coin. Un nouveau triptyque utile pour maintenir en permanence la suspicion. Est-il un hasard que le ministre puisse dans la même émission parler de ces femmes accompagnatrices et de leur voile puis évoquer quelques minutes plus tard, le risque de radicalisation des enfants qu’il appelle à signaler ? Un enfant refuse de prendre par la main une de ces petites camarades, pas de problème on peut « envoyer les équipes laïcités », à quand le GIGN?

Karine Ravenet

Une réponse

  1. Ripoll dit :

    On peut facilement vilipender le port du voile lorsqu’on est à la tête d’un grand ministère. Mais qu’en est-il des ventes d’armes françaises à des soit-disantes démocraties comme l’Arabie Saoudite, tout cela sans aucun débat public ni consultation de l’assemblée. Il y a des voiles et des djelabas qui dérangent quand on s’arrange avec d’autres !

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