Clémentine Autain a lu « Sans la liberté »de François Sureau

Énarque, écrivain et rédacteur des premiers statuts d’En Marche, François Sureau n’y va pas de main morte contre le pouvoir en place. Dans un court et incisif essai paru dans la nouvelle collection « Tracts » chez Gallimard, il défend les libertés publiques contre les « glissements progressifs de l’extase sécuritaire ». Sans la liberté est un brûlot qui met en lumière les atteintes les plus spectaculaires aux grands principes de notre République.

Si le ministre de l’Intérieur est clairement visé, c’est chacune et chacun d’entre nous qui se trouve interpellé. Comment avons-nous pu à ce point rester complices, inertes, face à la mise en miettes des libertés ? Et ce d’autant que, nous fait remarquer Sureau, la diminution des libertés n’entraine aucun bénéfice en ce qui concerne la sûreté au nom de laquelle une batterie de lois liberticides a été adoptée. Notre système de droits a été pensé pour articuler sécurité et liberté. Face aux attentats terroristes, l’État a choisi le seul registre de la répression et les dispositifs d’exception. Sureau rappelle que l’état d’urgence, ce sont six mille perquisitions administratives pour une quarantaine de mises en examens, dont vingt pour des faits d’apologie du terrorisme qui auraient pu être faites sans ce régime d’exception : « l’administration se sert de l’angoisse causée par le terrorisme pour obtenir enfin des mesures destinées à lui rendre le travail plus commode ». C’est ainsi que l’état d’urgence a permis, par exemple, d’assigner à résidence des écologistes. Pour quel gain démocratique ? Pour quelle avancée de notre sûreté ?

Le haut fonctionnaire pointe « cette manie fâcheuse de légiférer à chaque incident, qui ne date pas d’hier et qui paraît avoir installé l’hémicycle au milieu du café du commerce ». Et affirme : « Hantés par la crainte d’une violence sociale à la fois générale et diffuse, nous cherchons à recréer une forme de civilité par la répression. C’est une voie sans issue ». La belle plume de Sureau interroge ce que nous sommes devenus à la fin : « cette nation que les pauvres indiffèrent mais qui va ficher les cyclistes, que le costume des femmes dérange sur les plages mais qui se voile la face devant le harcèlement d’une crèche par des fanatiques religieux (…). Qu’est-ce qu’une société juste ? Comment l’atteindre ? Qu’est-ce qu’une société libre ? Comment peut-on la défendre sans la faire disparaître ? Devant nous ces questions, non pas, si je puis dire, intactes mais dégradées ». Sureau nous met de façon décapante voire provocatrice devant nos responsabilités individuelles et collectives. Un geste de liberté bien salutaire.

Clémentine Autain

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