Le Pénible de l’Elysée

Macron a encore lâché une de ces petites phrases détestables. Celles dont on ne sait pas si elles sont pure provocation, preuve de sa déconnexion ou communication cynique mais maîtrisée : “Je n’adore pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible”. Quelques jours auparavant, Christinne Renon, une directrice d’école s’est donnée la mort en désignant la responsabilité de l’institution. Le jour même où elle renonçait à sa vie, un professeur de SVT des Alpes-Maritimes la rejoignait dans son terrible destin. Puis il y a France Télécom, Orange la Poste, la SNCF… le travail ne fait décidément pas le bonheur de tous.  

Il n’est pas véritablement étonnant qu’un parvenu comme le président de la République n’ait guère de grâce dans sa façon de s’adresser aux travailleurs et travailleuses de ce pays, à “celles et ceux qui se lèvent tôt” pour paraphraser un de ses prédécesseurs. La souffrance de ceux qui ont à coeur leur métier et s’écharpent à trouver un sens à leur travail meurtri par le rythme barbare du profit, cela n’existe pas pour un banquier d’affaires. Alors la pénibilité, comprenez qu’elle n’existe pas même en songe dans l’esprit de ces bonnes personnes. Tout le monde au même régime et tout le monde à la diète ! Derrière la mesquinerie habituelle, un véritable avertissement politique : vous mourrez un jour au travail ou au début de votre retraite. 

Vous êtes prévenus, à celles et ceux qui coupent, qui soudent, qui cousent, qui portent, qui déplacent, qui lavent, qui plient, qui repassent, qui réparent, à celles et ceux dont le dos courbe, les mains tremblent, les bras s’épuisent, les poumons lâchent, les jambes faillissent, à celles et ceux qui vivent la nuit et dorment le jour, vivent sur la route pour le confort des autres, cessez de vous plaindre, vous n’aurez rien… 

À moins que ce mouvement social contre les retraites soit l’occasion de leur dire STOP !  Avec leur suffisance, leur fausse naïveté, leur violence cachée sous les sourires et leur douceur apparente, ils sont pénibles. Avec l’outrecuidance de croire que tout le monde vie bien quand l’angoisse ronge les âmes et la misère s’empare des êtres, ils sont terribles. Avec nos cortèges et nos grèves, nos blocages et nos rages, nos colères et nos pairs, ils seront vaincus. Je n’adore pas le mot de retraite parce que ça donne le sentiment que notre combat serait en retrait.

Paul Elek 

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