Elsa Faucillon a regardé Les Sauvages de Sabri Louatah, Rebecca Zlotowski

« Vous êtes le candidat de la vengeance, et moi, le candidat de la vie! », tance Idder Chaouch, joué par Roschdy Zem, à son adversaire lors du débat d’entre deux-tours de la présidentielle. Puis c’est la victoire, direction l’Elysée pour cet homme né dans une famille kabyle à Saint-Denis et devenu professeur d’économie à Harvard. Mais le soir de l’élection, un jeune garçon sort une arme et tire.

La suite se centre sur l’affrontement entre deux frères : Nazir, animé d’une idéologie destructrice, et Fouad, l’acteur vedette qui répète avoir zéro problème d’identité mais qui refuse pourtant les rôles d’Arabes. Le premier a trouvé à la mort de son père l’islam comme chemin contre les adversités d’une société encore raciste jusqu’à une colère profonde et la prison. Le second est parti du quartier, a presque abandonné son passé et sa famille pour trouver refuge dans sa réussite d’acteur. Fiancé à la fille d’Idder Chaouch, Jasmine intrépide conseillère politique, il vit cette campagne presque comme une rédemption, comme un lien familial qui le relie à son passé d’immigré des quartiers populaires de Saint-Etienne. Un chassé-croisé qui brosse en toile de fond une réalité des parcours que peuvent connaître ces français à part entière mais pas pour tous.      

Dans Les Sauvages, il y a avant tout, c’est certainement son problème majeur, un parti pris de l’auteur Sabri Louatah : ”’Les Sauvages’, c’était d’abord (…) une prise de parole pour faire émerger des voix que je n’avais jamais entendues dans la fiction française”. Le titre de la série (basée sur les romans éponymes) est d’ailleurs tiré d’un texte de l’opéra “Les Indes Galantes” de Rameau. Une musique utilisée également pour le générique, une référence assumée au stéréotype “du bon sauvage, de l’indigène qu’on réactualise dans le regard que peut porter la France sur ses colonies”. À cet égard, qu’il s’agisse des multiples personnages qui fournissent le récit ou du très beau casting qui l’accompagne, la série est une vraie réussite. Il est rare de voir tant de personnages immigrés ne pas assumer uniquement des seconds rôles ou ceux de l’ennemi, de l’adversaire, du monstre.   

Co-écrite par Sabri Louatah, Rebecca Zlotowski, elle est une oeuvre d’anticipation dans un futur proche, plausible, dans la lignée mais loin de l’intensité de Years and Years, l’excellente série britannique qui vous plonge dans l’avenir cauchemardesque des 15 prochaines années post-Brexit. À vouloir  combler le vide des représentations, la série s’engouffre pourtant dans de trop nombreux stéréotypes, elle veut aller trop vite et perd peu à peu de sa puissance, la cause à un récit confus peinant à imbriquer thriller et réflexions politiques. Je vous rassure quand même, question clichés on est très très loin de la série Aicha diffusée en 2009.

Elsa Faucillon

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