Accident à Rouen : Autant en emporte la com’

Crédit photo : Stéphanie Péron


Si les images sont impressionnantes, la réalité de l’accident est un traumatisme pour tout un bassin de population. D’expérience, celles et ceux qui ont connu Tchernobyl savent que les nuages ne s’arrêtent pas aux frontières. Que dire alors de l’immense colonne de fumée noire qui s’est échappée de l’usine classée Seveso à Rouen ? Le gouvernement annonce qu’il attend les résultats d’analyses complémentaires tout en se voulant rassurant : « pas de raisons de s’inquiéter outre mesure », a-t-il lancé ce week-end par le biais de son ministre de l’Intérieur.

Oui mais voilà, quelques témoignages plus tard d’habitant.e.s frappé.e.s par des nausées et des maux de tête, une pluie noire répandant des galettes d’hydrocarbure dans toute la région et la défiance s’installe. Quels risques ont vraiment couru les habitant.e.s de Normandie ? La question mérite une vraie réponse d’autant que dorénavant, nous savons que la santé de tous et toutes est trop souvent prise à la légère. Amiante et maladies du travail, Dépakine et Médiator, beaucoup trop d’exemples montrent qu’il est difficile de faire la lumière sur les risques sanitaires éprouvés qu’ils soient provoqués par le privé ou parfois par les manquements de l’État. L’affaiblissement de la législation environnementale (augmentation des capacités de stockage autorisé, contrôle affaiblit) est en cause. Les groupes parlementaires de la France Insoumise et communistes ont d’ores et déjà demandé une commission d’enquête.

Dans cette affaire, la communication habituelle de la macronie est contradictoire et de nature à accroître les inquiétudes là où nous avons besoin de confiance. D’un côté, il ne faudrait pas s’inquiéter et de l’autre, on attend de connaître les substances qui ont brûlé. D’ailleurs des centaines de personne ont manifesté leur colère devant le bâtiment où se tenait le conseil métropolitain de Rouen. Dans cette période où la défiance envers les institutions est forte, on ne peut pas jouer avec le feu. Les dispositifs de prévention et d’accompagnement en cas de drames de cette nature doivent être précisés, anticipés, respectueux et associant la population.

Il faut espérer que n’éclatera jamais un scandale “Lubrizol”. En attendant, cet accident doit nous faire réfléchir à l’utilité et au lieu d’installation de ces industries potentiellement dangereuses. Si tout le monde affiche aujourd’hui un discours écologiste, la réflexion sur la production d’hydrocarbures et de leurs produits dérivés n’est pas à la hauteur de la transition nécessaire à la survie de notre écosystème. Pour répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens et des citoyennes sur la pollution, les pesticides et les nuisances de notre système économique, il faut repenser un bien vivre basé sur la production d’utilité sociale et de solutions de bifurcation écologique juste et solidaire.

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

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