Clémentine Autain a lu Mon pays me manque

Mon pays me manque, Barbara Romagnan, Libre et Solidaire

Parmi les socialistes que l’on a nommés « les frondeurs », c’est une femme, brillante et de conviction, qui se lance la première à un essai critique de l’ère Hollande. Dans Mon pays me manque, Barbara Romagnan revient sur les raisons d’une rupture. À vrai dire, ce n’est pas de la sienne dont elle parle mais des choix de François Hollande et Manuel Valls, et avec eux d’une majorité de députés du Parti socialiste. L’ancienne élue du Doubs veut « laisser des traces » et apporter sa contribution sur une séquence qui a mis à mal le pays et l’idée même de gauche. Pour « comprendre comment ce désastre a été possible », Barbara Romagnan raconte l’histoire qu’elle a vécue et telle qu’elle l’a vécue : « Je voudrais dire comment, sage social-démocrate réformiste, élevée au compromis, membre du Parti socialiste depuis l’âge de 20 ans je me suis sentie contrainte de marquer ma réserve, mes doutes, voire mon opposition». Ce que d’aucuns appellent donc « fronder ».

Le point de départ, c’est la prolongation de l’état d’urgence voulue par le chef de l’État après l’attentat de Charlie Hebdo en 2015. Barbara Romagnan prend alors une position à contre-courant puisqu’elle fait partie des trois socialistes qui ont voté contre, avec Pouria Amirshahi et Gérard Sebaoun. Elle raconte la difficulté de sa décision, argumente son choix et exprime son immense tristesse à l’issue du vote. Puis elle déroule la suite des renoncements : le 50e engagement de François Hollande pour le droit de vote des étrangers aux élections locale est enterré, les récépissés pour les contrôles d’identité prendront le même chemin. Ce sont encore les discours stigmatisant les Roms, l’idée de déchéance de nationalité remettant en cause le droit du sol ou « l’accord de la honte avec la Turquie » qui suscitent sa légitime colère. Si Manuel Valls en prend pour son grade, Barbara Romagnan n’oublie pas de souligner que le premier ministre n’a jamais été critiqué et remis à sa place par François Hollande qui fut bel et bien un acteur majeur de ce désastre.

On objectera à la lecture de ce récit de l’intérieur qu’il focalise la critique sur les enjeux de libertés publiques et de droits humains. La loi travail, les milliards pour le CICE ou l’obstination à Notre-Dame-des-Landes ne font pas partie des points abordés par Barbara Romagnan. Les conditions de vie du grand nombre ne se sont pas améliorées avec le moule libéral et austère poursuivi par la « gauche » au pouvoir après Nicolas Sarkozy. Le défi climatique n’a pas non plus été relevé par une amorce de changement de modèle de développement. Mais l’ex-députée choisit de tirer un fil et s’en explique : « trop souvent à gauche, les questions de discriminations, le sort des étrangers, les libertés publiques et l’égalité des sexes sont des questions considérées au mieux comme « secondaires », au pire elles sont vues comme faisant écran à la « vrai question » : la question sociale. Je crois que c’est une erreur profonde et que cette négligence explique en partie la faiblesse de la gauche aujourd’hui. C’est comme si elle se privait de l’imaginaire qui, sur la longue durée, a fait sa force et renonçait à mener la bataille culturelle, idéologique, politique, sur le terrain, des principes, des droits et des libertés – de l’égalité en somme ». Car selon elle, au-delà de tous les désaccords, il doit y avoir « un impératif à gauche partagé par tous : le principe d’humanité ». Ainsi la contribution de Barbara Romagnan n’est pas qu’une affaire de rétroviseur mais une réflexion utile pour reconstruire la gauche pour demain.

Clémentine Autain

Une réponse

  1. Le 10 octobre 2014, elle votait la privatisation et la mise en concurrence des barrages hydroélectriques dans le cadre du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte. Le titre de sa tribune dans l’Humanité ? « L’indispensable transition écologique » ! Sans rire…

    En décembre 2012, Mme Romagnan vota pour le fameux crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

    Au revoir. Vous ne nous manquez pas.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :