Pour Macron, l’immigration n’est pas une diversion

Lundi 16 septembre, devant les députés de la LReM, Emmanuel Macron a lancé la seconde phase du quinquennat, celle qui doit préparer sa réélection. Il a mis le « problème des migrants » au cœur de son discours. Il est loin le soutien qu’il apportait à Angela Merkel lorsqu’elle accueillait en Allemagne, les migrants chassés par la guerre en Syrie. Aujourd’hui, non seulement il n’en est plus question mais même le droit d’asile est dans sa ligne de mire.

La bienveillance des mots n’est plus de mise. Avec des accents autoritaires et intimidant qui inquiètent jusque dans son propre camp, il affirme « En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste ». Emmanuel Macron se range au fameux « réalisme ». Cette vision transpirait déjà de la loi Asile et Immigration mais notons que le Président avait laissé le gouvernement porter celle-ci.

En 2017, Emmanuel Macron a séduit avec deux idées : œuvrer à une société plus ouverte et casser les rigidités, visant à mobiliser les énergies et donner plus de moyens aux individus pour conduire leur vie. Et c’est sous l’opposition progressiste Vs nationaliste qu’il a situé la campagne des européennes.
Pour cette nouvelle séquence, dans un calcul dangereux et à courte vue, il installe sciemment le RN comme son seul adversaire : « Il faut confirmer cette opposition, car ce sont les Français qui l’ont choisie », dit-il, non sans calcul cynique. En voulant placer la question de l’immigration – clé de voute de l’idéologie d’extrême droite- au centre du débat politique, Macron légitime la vision du monde de Marine Lepen.

La question de l’immigration n’est pas une diversion, elle est partie intégrante d’un projet ultra-libéral qui s’exerce nécessairement avec autoritarisme. Le discours qui repose sur « un trop plein » d’immigrés permet un récit alternatif aux conséquences des choix politiques.
C’est un discours extrêmement dangereux. La France a dans son histoire des moments qui montrent que cette mécanique peut gagner et nous emmener très loin. Avant la seconde guerre mondiale, des étrangers jugés « en surnombre dans l’économie nationale », chômeurs d’abord, puis travailleurs peu qualifiés ont été expulsés de France, sans beaucoup de soutiens de la population. Un vaste mouvement de grève des étudiants en médecine a eu lieu en février 1935 afin de protester contre « l’envahissement de la profession médicale ». En soufflant sur ces braises, Macron joue donc vraiment avec le feu, car la France peut parfois être rance.

Ce sont des risques, pas des comparaisons et ce n’est pas ce que beaucoup d’entre nous voulons. Encore faut il porter une vision du monde résolument ouverte et moderne capable de s’opposer à celle incarnée par le jeune monarque, au fond nostalgique d’un autre temps.

Il est autant question d’audace que de responsabilité à dessiner cet autre monde que nous voulons. Celui-ci s’appuie sur une logique radicalement autre que le dessaisissement et le gaspillage de nos vies et de la vie. Nous cheminons. Et nous comprenons qu’il nous faut retrouver des savoir-faire, perdus dans la consommation. Nous voulons développer nos relations avec nos contemporains, tous les terriens de ce siècle, mis à mal par la logique de guerre et le nationalisme. Nous voulons retrouver du pouvoir dissous par le pouvoir occulte des marchés et de la société du spectacle. Nous voulons débrider nos imaginaires pour inventer une autre logique que celle de l’argent. Dites, ça ne serait pas le boulot d’une gauche sociale et écolo ?

Elsa Faucillon

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