Laurence de Cock a lu Une juste colère, interrompre la destruction du monde

Jérôme Baschet, Une juste colère, interrompre la destruction du monde, Divergences, 2019

Notre colère est à la hauteur des violences générées par ceux qui gouvernent ce monde, elle est donc juste. Ce monde sous emprise, c’est celui de l’« Économie » où les puissants destructeurs n’y sont animés que par la quête du pouvoir et du profit, emportant dans leur projets les quelques-un.e.s qui pensent encore qu’il n’y a pas d’autre alternative sinon le peu désirable chaos. Ce monde n’est pas nouveau nous rappelle Jérôme Baschet, il a un nom : le capitalisme, un visage : le néo-libéralisme, et une issue certaine : la destruction de l’humanité. C’est pourquoi réclamer un capitalisme à visage humain est un non-sens. Le texte de Jérôme Baschet est conçu comme une secousse. Mais si le diagnostic est sans appel, les pistes de sortie existent, peut-être même sont-elles déjà en branle. C’est ainsi que l’on peut interpréter la révolte des gilets jaunes, tout comme ailleurs dans le monde se profilent des modes de résistance et d’existence nouveaux, radicaux forcément. 

L’auteur vit à mi-temps dans le « Chiapas rebelle » où il enseigne à l’Université de San Cristobal de Las casas. Historien, spécialiste du moyen-âge, il réfléchit aux vertus de l’histoire comme combustible des colères, déconstruit les mythes européo-centrés qui, trop encore, corsètent nos cerveaux. Lui s’est affranchi de tous les pièges de la fatalité et nous convie à le rejoindre dans un univers de possibles dépourvu des œillères construites par l’impérialisme occidental, un monde où se multiplieraient les « espaces libérés ». Cela fait du bien même si on aimerait discuter aussi des détails et en particulier de cette propension non négligeable de certaines expériences d’autonomie à se transformer en isolats se souciant peu d’une masse encore soumise aux oppressions du marché dont ni le capital social, ni le capital culturel ne rendent envisageable de s’en extraire sans y laisser sa peau. Mais en effet avançons pour « interrompre la destruction du monde » comme nous y invite le sous-titre de l’ouvrage, et que « vive la digne rage de celles et ceux qui ne sont rien ».

Laurence de Cock

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