Nuñez, rien de rien, il ne regrette rien

Le bras droit de Castaner a eu son Grand Jury, du moins sur RTL/Le Figaro. À celles et ceux qui n’ont pas eu l’immense plaisir de l’écouter pendant 50 minutes, ne cédez pas à la tentation. Rares furent les émissions où la négation a pu s’exprimer sous la forme d’une outrecuidance aussi catégorique. À en écouter le ministre, la répression de ces six derniers mois était un mirage vécu par les participant.e.s aveuglé.e.s par leur soif de justice sociale. « Ce n’est pas parce qu’une main a été arrachée, parce qu’un oeil a été éborgné » que la police a fauté. Ce n’est pas parce qu’on est ministre rattaché à l’Intérieur que l’on doit raconter non plus n’importe quoi mais, faire corps avec les forces de police semble demander une forte propension à l’intox. 


Voulant témoigner de l’atrocité de la machine répressive, une marche des mutilé.e.s et des bless.é.e.s se tenait au même moment à Paris. À la liste des jeunes tombés sous les coups de la police dans les quartiers populaires, s’ajoutent les éborgné.e.s et mutilé.e.s du mouvement social. Mais que fait la police ?  « ça crève les yeux » clament les manifestant.e.s. Mais, comme Castaner, il n’a rien vu, rien n’entendu, déclarant que « les choses se sont quand même globalement bien passées en matière d’ordre public » ou mieux, summum de la sottise, «  Nos policiers, nos gendarmes ont sauvé la République ». Après le mensonge, le grotesque. Qui peut penser qu’aussi nombreux qu’ils aient pu être, les gilets jaunes menaçaient les fondements d’une 5ème République dépassée certes, mais redoutablement solide ? Qui peut, sans ironie, avancer qu’un vie brisée est un châtiment légitime à la protestation, même houleuse ? L’amour de la matraque sape à grand coup votre humanité.

C’est sans doute la force incroyable du pouvoir que de faire passer l’exceptionnel pour le normal, tandis que l’exceptionnalité de la violence ou du droit s’inscrit dans notre banal quotidien. Difficile alors de créer les repères d’un débat politique sincère. Cette fois pourtant, leurs robocops semblent avoir eu la main lourde. Lorsque BFM TV fait un reportage qui inclut 15 minutes sur les « violences policières », il y a anguille sous roche. L’impunité d’ordinaire invisible a été révélée. Il est donc l’heure pour eux de sortir leur dernière atout.

J’attends que la justice fasse son travail. Acculés face au réel, c’est souvent leur dernière ligne de défense. Une justice qui commence avec 174 enquêtes de l’IGPN, où des policiers estiment si leurs collègues ont fauté. Juges, jurés et accusés sont les mêmes, et finalement, le verdict tombe : aucune suspension de fonctionnaire n’a été jugée nécessaire par la police des polices suite au mouvement des gilets jaunes. 1 femme décédée à Marseille (Zineb Redouane), 1900 blessés, 17 éborgnés, 4 amputés, mais rien. Vient ensuite l’horizon lointain d’un possible procès. À l’épreuve des faits, on remarquera qu’en vérité, très rares sont les policiers jugés et surtout condamnés. À l’inverse, pour les gilets jaunes, la vitesse de la justice s’est avérée coupable. Coupable d’une volonté politique d’accélérer et punir. Il faut comprendre ainsi la confiance du ministre de l’Aveuglement Intérieur. Inquiétés, ces sbires ne le seront pas, ou peu. Facile alors de tenir ces propos policés.

Pablo Livigni

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