Clémentine Autain a lu Corinne Morel-Darleux

Nous connaissions Corinne Morel Darleux pour son engagement au sein du Parti de Gauche et son combat pour l’éco-socialisme. Sa hauteur intellectuelle n’a sans doute pas échappé à celles et ceux qui ont pris le temps de la suivre, de l’écouter, de la lire. La conseillère régionale d’Auvergne-Rhônes-Alpes publie cette semaine un bel essai, à la trempe philosophique et littéraire, naviguant au fil de l’engagement pour une vie et un monde qui aient du sens. Ce sont 33 réflexions qui démarrent sur le cas Bernard Moitessier. Parti d’Angleterre et ayant franchi les trois caps légendaires de Bonne Espérance, le grand navigateur décide de ne pas rentrer. Moitessier marque alors les esprits avec son récit La Longue Route dans lequel se dégage une critique la société de consommation et de l’action humaine détruisant la nature. Corinne Morel Darleux y décèle un refus de parvenir, concept qu’elle développe à partir de sa propre expérience et de ses convictions politiques. C’est un acte de liberté, une émancipation de la tutelle et de l’autorité, une lutte contre l’hubris et la démesure, un outil au service de ce grand partage à établir. Le refus de parvenir est également une façon de réinvestir sa souveraineté d’individu. La dignité du présent vient alors donner de l’éthique aux façons que nous avons d’agir. Corinne Morel-Darleux plaide pour une réflexion argumentée, celle qui permet les élans de liberté et de conscience aiguisée.
L’auteure ne dissocie aucunement le geste individuel de l’acte collectif. Elle ne cesse même à aucun instant de les imbriquer, brillamment. Elle perçoit dans l’enjeu universel à préserver les conditions de vie sur Terre une façon de réactiver la notion d’intérêt général. Face au réchauffement climatique, Corinne Morel-Darleux rappelle que la somme des actes individuels ne suffira pas. C’est bien au libre-échange et au capitalisme qu’il faut s’attaquer pour répondre à l’urgence environnementale. L’auteure plaide enfin pour un saut culturel car nous avons besoin d’un nouvel ordre imaginaire. Et pour cela, il faut mêler davantage création artistique, souci environnemental et critique sociale.
Avec de nombreuses références à l’appui, de Pasolini à Édouard Glissant, en passant par Romain Gary ou Cynthia Fleury, Corinne Morel-Darleux livre un ouvrage passionnant qui donne à penser et à agir. Une belle ouverture sur des horizons émancipateurs.

Corinne Morel-Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce. Réflexions sur l’effondrement. Libertalia, 101 pages, 10 euros. En librairie le 6 juin.

Une réponse

  1. jean chérasse dit :

    Il faut aussi faire l’effort mémoriel pour se reporter au temps des cerises, et lire (ou relire) ce qu’écrivait Louise Michel dont la pensée sulfureuse est toujours une bonne incitatrice au combat contre l’ignominie capitaliste !

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