Assumons le débat, lançons le travail !

Ce fut la douche froide. Les résultats des élections européennes ont retenti comme un signal d’alerte tant le paysage politique s’est assombri. En dépit d’une abstention bien moins massive que prévu, le duel glaçant entre la macronie et l’extrême droite s’est affirmé. Le score du RN donne à voir un ancrage très préoccupant, notamment dans le monde populaire et chez les jeunes. Et LREM n’écope pas de la sanction que l’on pouvait attendre et espérer. Ce couple mortifère veut dominer la scène politique, chacun alimentant l’autre. Sur le flanc progressiste, la France insoumise a essuyé un franc revers, le PCF ne franchit pas les 3%, Benoît Hamon n’a pas retrouvé son électorat de la présidentielle. C’est EELV qui a tiré les marrons du feu, sans doute par l’attrait d’une fonction du vote : envoyer un message lisible et simple pour la prise en compte de l’urgence environnementale. Le PS et la droite traditionnelle, qui furent longtemps hégémoniques dans l’espace politique et qui ont gouverné, sont marginalisés. Les uns ont sauvé les meubles en franchissant la barre fatidique de 5% mais leur faiblesse est clairement confirmée, les autres tombent plus bas que ne le signalaient les sondages. C’est peu dire que les repères traditionnels sont brouillés et que l’état du champ politique poursuit sa décomposition. 
 
Si l’on veut sortir du non choix entre néofascistes et néolibéraux, une course de vitesse est engagée. Si le danger est immense, nos responsabilités le sont aussi. Notre conviction est qu’il existe dans notre pays des forces nombreuses, citoyennes, politiques, syndicales, associatives, culturelles, disponibles pour bâtir un horizon de progrès social et écologiste. Toutes ces énergies peinent à se fédérer pour se traduire dans l’espace de la politique institutionnelle. 
 
Depuis quelques mois, nous voyons un esprit critique qui s’aiguise, gilets jaunes, jeunes pour le climat, personnels de santé, de l’école, de la justice, collectifs contre les violences et la répression…tous et toutes décortiquent les questions d’ordre politique. Alors que le mouvement social et culturel offre une version riche de la vie démocratique, les urnes en livrent une version réduite et appauvrie . Cette déconnexion est précisément le problème.
 
Les électeurs qui ont porté la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2017 à près de 20% n’ont pas disparu. Il nous faut comprendre les raisons du succès d’alors et de l’échec d’aujourd’hui. Assumer le débat et s’ouvrir sur la société est d’une impérieuse nécessité. C’est à cette tâche que nous voulons nous atteler, avec la conviction que les termes de l’alternative ne se posent pas entre « populisme » versus « union de la gauche ». Nous plaidons pour rassembler sur les bases d’une espérance sociale et écologiste et non pour une césure entre un « eux » et un nous », pas plus qu’une somme de colères captée par un leader. Nous visons à construire des passerelles entre différents espaces, à faire vivre le pluralisme, la radicalité et l’exigence démocratique qui s’exprime dans les mobilisations de notre époque, des nuits debout aux gilets jaunes.
 
 
C’est le sens de l’appel qui paraîtra demain dans Le Monde, signé avec beaucoup d’autres, il invite à se rencontrer pour lancer ce travail.

Elsa Faucillon et Clémentine Autain 

8 réponses

  1. Moog Jean-Claude dit :

    Merci, ce serait bien de pouvoir participer autrement qu’en lisant vos chroniques. Quelle force de proposition souhaitez vous mettre en place et en œuvre?

  2. Jean-Pierre Alexandre dit :

    D’accord avec la remarque de Jean-Claude Moog… L’énergie est stockée chez les milliers militants… potentiels, actuellement sans domicile.

  3. BURESI dit :

    Bon mais quand même on pourrait avoir l’article ici parce qu’acheter le monde pour cela, comment dire?
    Bref
    A bientôt

  4. Carlos hermo dit :

    Bien la conclusion semble affirmer en même temps une chose et son contraire…

  5. FILIPPI - CODACCIONI JEAN-DOMINIQUE dit :

    Le nouveau cadre fera un nain de plus. LFI demeure la référence car là au moins on est sûr qu’il n’y a aucun carriériste. Et dieu sait que je n’en pense pas moins sur LFI….qui est néanmoins à refonder de la cave au grenier.

  6. schneider bernard dit :

    jl serait bien que vous nous communiquiez le texte

  7. FILIPPI - CODACCIONI JEAN-DOMINIQUE dit :

    Où sont passés la colère sociale et l’esprit critique qui s’aiguisent depuis des mois dans notre pays ? Ils demeurent dans les têtes, dans les cœurs et dans la rue. Mais la situation politique est catastrophique. Au lendemain des élections européennes, le bon résultat de l’écologie politique ne peut masquer le fait que la gauche est en miettes, désertée par une très grande partie des classes populaires. La gauche et l’écologie politique sont loin de pouvoir constituer une alternative alors même que le pouvoir en place et la droite fascisante dominent la scène politique dans un face-à-face menaçant où chacun se nourrit du rejet de l’autre et le renforce. Le pire peut désormais arriver. Nous n’acceptons pas ce scénario. Nous devons, nous pouvons proposer un nouvel horizon.
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    Lire aussi « La gauche n’a pas disparu dans ce pays »
    La raison essentielle de ce désastre est l’absence d’une perspective émancipatrice qui puisse fédérer les colères et les aspirations autour d’un projet politique de profonde transformation de la société. Un big bang est nécessaire pour construire une espérance capable de rassembler et de mobiliser.
    Réinventer nos modèles et nos imaginaires
    Il y a du pain sur la planche : réinventer nos modèles et nos imaginaires, rompre avec le productivisme et le consumérisme qui nous mènent au chaos climatique, à la disparition des espèces et à une dramatique déshumanisation, substituer le partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs aux lois de la finance et de la compétitivité.
    L’enjeu, c’est aussi d’articuler les différents combats émancipateurs pour dégager une cohérence nouvelle qui s’attache aux exigences sociales comme écologiques, à la liberté des femmes comme à la fin de toutes les formes de racisme, aux conditions et au sens du travail comme au droit à la ville, à la maîtrise de la révolution numérique comme à l’égalité dans l’accès à l’éducation et à la culture, à la promotion des services publics comme au développement de la gratuité.
    Nous n’y parviendrons qu’en assumant des ruptures franches avec les normes et les logiques capitalistes. Ce qui suppose de nous affranchir des logiques néolibérales et autoritaires qu’organisent les traités européens et de donner à nos combats une dimension internationaliste.

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