(Fa)chaud devant… !

photo MIGUEL MEDINA / AFP

À Milan, l’extrême-droite a mis en scène son unité. C’est l’aboutissement d’un long travail de ses partisans pour agglomérer par-delà l’hétérogénéité idéologique de ses différentes composantes. Jusque-là, mouvements « populistes » de droite réactionnaire, groupements néo-fascistes ou néo-nazis, traditionnalistes ultra-libéraux et autres groupes nationalistes étaient éclatés. Les formations électorales les plus anciennes qui s’étaient présentées aux élections européennes de 2014 siégeaient dans trois groupes différents au Parlement Européen. Aujourd’hui, la volonté de gagner a pris le dessus. Cette droite brune est encore loin du compte – certaines estimations les placent comme quatrième groupe au Parlement Européen. Reste que leur participation de plus en plus fréquente à des coalitions gouvernementales les porte et que cette mise en scène de rassemblement est un symptôme glaçant de leur mise sur orbite.

Plus qu’un affichage politique, cette opération est l’aboutissement d’un changement tactique. Souvenons-nous d’il y a quelques temps encore où le Front National prônait la sortie de l’euro et une solution nationale, vouant l’espace européen aux gémonies. À l’opposé, l’AFD se déclarait « anti-euro » mais pas « anti-Europe » et reprochait à la formation française son programme interventionniste. Bien plus nombreuses étaient en réalité les fractures de leur camp. Depuis, avec le vent en poupe, les formations ont trouvé les moyens de leur convergence. Elles étaient onze à se rassembler ce samedi, autour d’il Capitano, dans sa terre natale de Lombardie. Qu’importent les différences programmatiques lorsque le cœur de leur discours est le même. Xénophobie, rejet des musulmans et des migrants, mâtiné de complotisme, voilà leur obsession politique. C’est aujourd’hui aussi le moyen de leur unité. Ils se soudent sur l’autel de l’ordre, de l’autorité, du repli pour horizon, sexisme et homophobie en bandoulière. L’euroscepticisme étant également un élément central de leurs diatribes, il leur fallait trouver une stratégie au cœur des institutions. Avec leur Europe des Nations, l’extrême-droite a troqué temporairement son nationalisme pour projeter son fantasme d’une terre chrétienne et blanche sur l’ensemble du continent.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment le poison de l’extrême droite a-t-il germé jusqu’à devenir une menace tangible ? Cédant à l’extrême-droite et continuant la voie de l’austérité tracée par la Commission, les dirigeants des pays européens nous ont mené à cette catastrophe. De lois migratoires en privatisations, de fermetures d’usines en lois sécuritaires, de règle d’or en démissions démocratiques, le terrain est devenu fertile pour une extrême-droite prête à récolter les fruits de son labeur. Le pouvoir en place s’est joué de la menace, installant une alternative infernale : la continuité des politiques menées ou le néofascisme.

La possibilité du désastre dépend de notre capacité à ériger un contre-projet intégral à leur société sur le scène politique. Une voie nouvelle se dessine dans notre pays par touches de colère. Oui, le peuple est en mouvement, en grève pour le climat ou en révolte avec un gilet jaune, un stylo rouge, en lutte contre les violences policières et le racisme, ou encore emporté par la vague #metoo. Le 26 mai, il faut que les bulletins de vote donnent le plus de force possible à celles et ceux qui tiennent tête au clair-obscur menaçant. Ne leur laissons pas la main, donnons-nous les moyens de la prendre.

Clémentine Autain et Elsa Faucilllon

 

4 réponses

    • DE RUDDER Robert dit :

      bien de montrer ce qui a changé à (l’extrême)droite et leur appropriation malsaine d’une Europe des nations mais terminer sur un « il faut » sans perspectives actuelles me semble un peu court et en tout cas peu mobilisateur. Chacun de son côté ,voire les uns contre les autres (à gauche je parle) fait porter une lourde responsabilité à tous ceux qui prônent d’abord leur chapelle au détriment ce qui est le plus urgent: l’unité dans la lutte. Au secours , la gauche est devenue folle!

  1. FILIPPI - CODACCIONI JEAN-DOMINIQUE dit :

    L’installation du duo Macron – Le Pen d’un côté…et de l’autre LFI=PS=Viva la muerte !Faudrait peut être penser à revoir le logiciel…Non ?

  2. pierre revallier dit :

    Le PC au niveau des animalistes. La stratégie du seul contre tous .. . Si avec tout cela le PC n’a pas compris qu’il faut refonder autour de l’idée ecologique et de la décroissance autour de l’économie solidaire et partagée, c’est cuit. Et pourtant le PCF avait le meilleur candidat possible. Chassaigne candidat en 2022 … 0.5% cool …. la LFI s »est auto-sabordée avec ses derives sectaires autour d’un leader. Urgence a construire une alternative et ne pas laisser s’installer le RN comme seule force d’alternance possible.

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