Simone Weil, Contre le colonialisme

« Il ne serait pas difficile de trouver une colonie appartenant à un Etat démocratique où la contrainte soit, à bien des égards, pire que dans le pire Etat totalitaire d’Europe.»

« En privant les peuples de leur tradition, de leur passé, par suite de leur âme, la colonisation les réduit à l’état de matière humaine. Les populations des pays occupés ne sont pas autre chose aux yeux des Allemands. Mais on ne peut pas nier que la plupart des coloniaux n’aient la même attitude envers les indigènes. Le travail forcé a été extrêmement meurtrier dans l’Afrique noire française, et la méthode des déportations massives y a été pratiquée pour peupler la boucle du Niger. En Indochine, le travail forcé existe dans les plantations sous des déguisements transparents; les fuyards sont ramenés par la police et parfois, comme un châtiment, exposés aux fourmis rouges; un Français, ingénieur dans une de ces plantations, disait au sujet des coups qui y sont la punition la plus ordinaire: « Même si on se place du point de vue de la bonté, c’est le meilleur procédé, car, comme ils sont à l’extrême limite de la fatigue et de la faim, toute autre punition serait plus cruelle.» Un Cambodgien, domestique d’un gendarme français, disait : « Je voudrais être le chien du gendarme ; on lui donne à manger et il n’est pas battu.»

Dans notre lutte contre l’Allemagne, nous pouvons avoir deux attitudes. Quelle que soit la nécessité de l’union, il faut absolument choisir, rendre le choix public et l’exprimer dans les actes. Nous pouvons regretter que l’Allemagne ait accompli ce que nous aurions désiré voir accomplir par la France. C’est ainsi que quelques jeunes Français disent qu’ils sont derrières le général de Gaulle pour les mêmes motifs qui les rangeraient derrière Hitler s’ils étaient Allemands. Ou bien nous pouvons avoir horreur non de la personne ou de la nationalité, mais de l’esprit, des méthodes, des ambitions de l’ennemi. Nous ne pouvons guère faire que le second choix. Autrement il est inutile de parler de la Révolution française ou du christianisme. Si nous faisons ce choix, il faut le montrer par toutes nos attitudes.»

Simone Weil, Contre le colonialisme, Payot & Rivages, 2018

Une réponse

  1. Brigitte Degen dit :

    Coquille dans le titre de cette citation par ailleurs tout à fait pertinente – « Simon » au lieu de « Simone » … et pas mal de fautes (notamment de grammaire, mais pas que) dans d’autres articles … merci de faire attention à la révision !

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