Bal d’hypocrites à l’hôpital

Le gouvernement s’est encore illustré dans l’art du mensonge. Rien d’étonnant cela dit, pour le premier pourvoyeur de fake news du pays. Oui mais cette fois, manque de pot, ça s’est vu. Les manifestant.e.s du 1er mai de cette année avaient des réelles raisons de se réjouir. Les défilés étaient remplis, la présence massive de gilets jaunes faisait espérer une convergence des luttes qui tardait à naître et la date historique pouvait signer un nouveau départ pour les luttes sociales. Le gouvernement n’avait pour lui que la carte sécuritaire, annonçant avec moult exagérations, un potentiel mai violent, comme pour prendre de court l’infernale cycle médiatique avide, ces jours-ci, de doctrine policière et de sécurité. Une réponse politique bien connue, et bien loin des demandes sociales qui préoccupent véritablement les français.e.s. Ironie du sort, avec les violences policières répétées des dernières semaines et une liste de blessé.e.s qui s’allonge de jour, c’est un hôpital qui fit la une de tous les journaux du lendemain de la manifestation.

La défense du service public de la santé n’est pas d’ordinaire une priorité du gouvernement. Les dernières rencontres houleuses entre le personnel hospitalier et le président de la République vous en convaincront. Cela fait des mois que le gouvernement entend criminaliser les gaulois.e.s réfractaires qui s’efforcent à secouer le paysage politique, lancé dans une guerre d’usure où se perdent libertés publiques et ambitions démocratiques. Les méthodes classiques de décrédibilisation du mouvement social ne marchant pas, l’équipe gouvernementale, en la personne de Christophe Castaner, a décidé de jouer son va-tout. Ainsi, à la suite de la manifestation marquée par la violence policière érigée désormais en « nouveau dispositif de maintien de l’ordre », le ministre de l’Intérieur s’est lancé dans l’intox à l’occasion d’une conférence de presse. Des « casseurs » auraient procédé à une « attaque » de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, choquant le personnel et mettant en danger le service de réanimation. Le repoussoir parfait, vous en conviendrez, pour décrire une nouvelle fois les manifestants, black bloc ou non, comme de dangereux sauvages. Quelle audace ! Au même moment, l’impunité des policiers qui insultent, menacent et blessent les manifestant.e.s est totale, alors que l’IGPN est enfin révélée comme une structure caduque. Déjà lors de la loi travail, le gouvernement d’alors avait tenté de faire croire que d’affreux « casseurs » s’en étaient pris à l’hôpital Necker alors qu’il semblerait qu’un acte isolé ait été commis contre quelques vitrines (1). La ficelle est donc grosse, et Emmanuel Macron recycle du Valls, sans succès. 

Cette fois-ci, la mayonnaise n’a pas pris. Qu’il s’agisse des témoignages du personnel de l’hôpital ou des vidéos prises dans l’enceinte du CHU, tout semble converger pour conforter la version des manifestant.e.s : d’aucun auraient tenté d’y trouver refuges, étouffé.e.s par les salves continues de grenades lacrymogènes dont les CRS et les gendarmes mobiles usent à outrance. Outre que la polémique a encore une fois pris le pas sur le fond des revendications portées par le mouvement social, on notera que pris sur le fait d’un mensonge éhonté, la chorale gouvernementale ne s’en trouve pas toute bouleversée. C’est en choeur que les uns et les autres ont alors joué sur les mots pour minimiser cet affront fait à la bonne intelligence de tout un chacun. Jean-Michel Blanquer, généralement bien inspiré par son esprit technocratique dur et mécanique, reçoit cette fois-ci la palme académique de langue de bois avec son très convaincant « Je pense qu’il ne s’est pas rien passé à la Pitié-Salpétrière parce que c’est quand même grave de voir que quelque chose, qui ressemble à de la violence, s’est passé dans l’hôpital ».

Ce grand bal des hypocrites, où ministres et macronistes font front pour protéger leur indécence est un triste devenir pour notre démocratie. Les puissants sont décidément à court d’arguments pour défaire les mobilisations, à défaut d’être à court de munitions éborgnant les uns et mutilant les autres. Dans ce marasme de l’honnêteté intellectuelle, le sage montre la lutte, mais que regarde Castaner ?

Pablo Livigni

(1) https://www.humanite.fr/lhopital-necker-les-casseurs-netaient-quun-610790

 

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