Notre grande Dame de Paris

Une émotion immense nous étreint. Elle est à la mesure de la place tenue par Notre Dame dans notre mémoire.

L’incendie qui frappe la cathédrale gothique a déjà emporté la charpente d’origine du bâtiment ; la chaleur a sans doute fait exploser des vitraux tandis que les flammes et l’eau auront effacé certains fresques et tableaux. Leur action conjuguée pourrait déstabiliser la structure même du bâtiment. La ruine menace un trésor inestimable.

Ce que nous pleurons c’est un pan de l’histoire de Paris et de la France.

Notre Dame n’a pas toujours été ce bâtiment que nous connaissons. Au XIX° siècle, après que Victor Hugo l’ait sortie d’un certain oubli et d’un abandon de deux siècles, Viollet le duc l’a dégagé des constructions qui venaient s’adosser et l’entourer. De bois et de plâtre, elles  pouvaient prendre feu et menacer l’édifice. On la dégagea donc et l’affubla du parvis et de ses jardins. La ville moderne, structurée par ses monuments et ses vues dégagées, s’inventait aussi sur l’ile de la Cité. Mais Viollet le Duc ne se contenta pas de ce travail de de modernisation et de révélation architectural. Il conforta les arc-boutants qui sont une merveille technique, au fondement de cet élancement et des grandes ouvertures créées.

Dans le monde chrétien, les cathédrales gothiques cristallisaient la pointe avancée de l’art et de la technique. Leur construction, initiée à Saint Denis, va se propager comme une conquête du ciel, une maitrise de l’apesanteur. Plus encore, l’architecture gothique fut une forme aboutie de l’expression de la raison. Les descentes de charges sont lisibles dans les pilastres  et dans ces fameux arcs-boutants. 8 siècles plus tard la leçon a été retenue par les architectes modernes : les rationalistes cherchent encore à raconter par la construction l’ordre de la matière.

Dans la construction des cathédrales, se concrétise le passage d’un monde à un autre, de celui des monastères en campagne à celui des villes. La cathédrale en était l’orgueil. C’est aussi un moment où des métiers se profilent, celui d’architecte émerge. Mais la division du travail n’est pas encore consommée. Les maitres maçons incorporent leur culture populaire en l’entremêlant à la technique savante des ogives : ces gargouilles et autres fantaisies sont aussi la forme d’une époque et d’une culture.

Bien plus que l’écroulement de la flèche qui n’était après tout qu’une invention de Viollet le Duc rectifiant les imperfections de l’édifice d’origine (!), c’est ce mixte de culture, de raison et de foi qui ouvrit la voie à notre monde, que nous pleurons. Entre la philosophie grecque, Descartes et les Lumières, les cathédrales sont aussi un chainon de la conquête de la liberté. Il faut un nouveau Violet le Duc pour comprendre et reconstruire ce chainon dont nous ne pouvons-nous passer. Aujourd’hui moins qu’hier.

Catherine Tricot

3 réponses

  1. Phalip dit :

    Je crois que cet incendie est un reflet d’une succession de dysfonctionnements, de paresses institutionnelles, d’un laisser-aller, d’une lassitude généralisée. Des ouvriers très qualifiés pour lesquels savoirs-faire et mécanisation des tâches se heurtent sans cesse, des entreprises au sein desquelles traditions et impératifs de rentabilité s’affrontent, des Architectes en Chef des Monuments Historiques très interventionnistes bien oublieux des chartes de Venise et de Cracovie; des institutions (DRAC, MH, affaires cultures, Ministère) dépassées et ne pouvant plus assurer leurs tâches ou les oubliant, des vérificateurs de travaux vérifiant peu et une exigence de sécurité électrique ou technique souvent absente. Ce cocktail est aussi dangereux que celui des produits toxiques de l’agriculture intensive. L’interventionnisme dans les « restaurations » est irrespectueux. A l’origine de cette rationalité, Viollet-le-Duc. Dans le cadre de notre Nation, la centralité de notre société joue autant contre le citoyen que contre le monument. Autant Lassus et Boeswildwald ont eu des scrupules face à leur méconnaissance, par prudence, autant Viollet-le-Duc a été promoteur de reconstructions, d’inventions qui n’avaient rien à voir avec le respect du monument en accompagnant les aventures de Napoléon III. L’incendie de cette charpente, connue par Viollet-le-Duc et Henri Deneux, est une conclusion, un résultat de notre système, pas une fatalité. Aucun doute que les ACMH aiguisent déjà leur plume afin de concourir pour respecter toujours moins les chartes internationales. Notre-Dame ne pouvait être respectée puisque Paris avait déjà subi Haussmann. La restauration de Viollet-le-Duc accompagnait cette vision, en dépit de ses réelles qualités.

  2. Clairet dit :

    « La chaleur a sans doute fait exploser les vitraux » À quelle heure a été écrit cet article ? Juste avant le 20h?

  3. Jean Michel Moussu dit :

    Franchement on pourrait se croire dans un journal de droite.
    Vous étaler sur le bâtiment historique et pas un mot sur les hommes qui sont morts sur ces chantiers à la gloire de L’ÉGLISE qui a manipulé volé tant de gens et je ne parle pas de la pédophilie.
    Et maintenant c’est pauvres riches qui vont se refaire une virginité sur notre dos en faisant des donations déductibles. C’est le moment de le dire cette grande messe du bien pensent me fait gerber.
    Jean Michel

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