Loi Blanquer : l’école à deux vitesse n’est pas un bobard !

Photo : Vincent Isore

Le ministre Blanquer, idole des rédactions réac’, répète depuis sa nomination qu’il n’y aurait pas de « grande loi Blanquer ».

En revanche, on le voit débattre de tout, surtout de ce qui n’améliore en rien l’égalité républicaine : haro sur la lecture globale, dénonciation du « pédagogisme » et de « l’égalitarisme » et gloire aux neurosciences ! Sa grande trouvaille c’est d’annoncer à grand renfort de comm’ la création de….ce qui existe déjà : la chorale à l’école,  la piscine à la maternelle etc….

Avec la réforme du lycée, celle du Bac comme avec Parcoursup, la loi confiance est certes un grand fourre tout assez techno mais elle entérine une même logique : déstructurer le cadre national de l’éducation, gérer la pénurie organisée et former des parcours d’initiés.

Elle reflète également une reprise en main autoritaire du ministère sur l’ensemble du corps professoral. L’article 1 annonce la couleur, créant un devoir d’exemplarité. Après plusieurs affaires où des profs se sont vus sanctionner, il s’agit ici de mettre encore la pression, essentiellement sur les petits nouveaux. Cette mesure a été décriée par l’ensemble de la profession au nom de l’atteinte à la liberté d’expression pour tous les citoyens, sans exception. Cet article devait a minima être revu avait concédé le Ministre. Promesse non tenue. Autoritarisme que l’on retrouve également dans la suppression du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire), conseil indépendant donc, au profit d’un comité d’évaluation à la botte du ministre.

Blanquer a annoncé il y a quelques temps qu’il revisiterait en profondeur la carte de l’éducation prioritaire, les REP ne savent toujours pas à quelle sauce ils seront mangés. En revanche les enfants d’expatriés, des Brexiters essentiellement, trouveront aisément de quoi se retrouver entre eux dans des établissements publics locaux d’enseignement international (EPLEI) qui dérogeront au socle commun éducatif et bénéficieront de financements publics et privés. Le PPP à l’école, ça dépote !

Rappelons au passage qu’au départ, ce projet de loi devait « simplement » acter l’obligation d’instruction à partir de 3 ans. L’idée m’est chère tant l’importance de la scolarisation dès le plus jeune âge n’est plus à démontrer, particulièrement pour les enfants des classes populaires. Mais le contexte n’est pas anodin, il y a actuellement une explosion des écoles maternelles privées et Blanquer accompagne ce mouvement. Dans le package de l’obligation, les communes seront à présent obligées de subventionner ces écoles privées sous contrat. L’Etat viendra certes à leur secours, mais d’abord pour combien de temps ? et si c’est à budget constant cela signifie que c’est le public qui trinque !


L’école du socle, instituée par voie d’amendement, a fait beaucoup de bruit mais quésako ? Eh bien là où les collectivités locales et le recteur le voudront, les collèges et les écoles seront regroupés. Ce regroupement devrait libérer des postes et faire sauter les directeurs/trices. J.M Blanquer répond « bobards », c’est pourtant dans le texte. Quelle meilleure solution libérale à la fermeture des écoles rurales ! Pourquoi s’embêter avec le fait que l’intervention des enseignants du premier degré face à des élèves relevant du second degré pose la question du respect des statuts, des programmes et de l’éventualité de recourir à ce type de dispositif par souci d’économie.

Quand à la formation et à l’attractivité du métier d’enseignants, le Ministre propose la création d’une masse d’étudiants précaires, sans diplôme ni formation pédagogique. Rappelons que le budget 2019 prévoyait déjà des suppressions de postes dans le secondaire, ce qui n’était pas arrivé depuis l’ère Sarkozy et qu’il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Rappelons que les profs de France font partie des plus mal payés en Europe et qu’ils ont perdu près de la moitié de leur pouvoir d’achat depuis les années 1980.

Une loi toute taillée pour répondre aux injonctions du Comité d’action publique 2022. Le passage de la Loi au Sénat est prévue le 13 mai, d’ici là la mobilisation peut et doit encore grandir…

Elsa Faucillon 

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