Récidive : le Macron de 2018, c’est le Daladier de 1938 !

Emmanuel Macron, c’est Edouard Daladier et nous sommes en 2018 dans la même situation qu’en 1938 : c’est, peu ou proue, la thèse que Michaël Fœssel développe dans Récidive, publié aux Presses universitaires de France ; c’est, peu ou proue, la raison principale pour laquelle le philosophe a empiété sur les platebandes des historiens  pour se ressaisir de l’avant Deuxième guerre mondiale. Pour le plus grand bonheur des lecteurs et des observateurs de la vie politique actuelle.

Ce qui est raconté, c’est donc le glissement progressif, c’est-à-dire observable (notamment dans la presse), quoique très rapide, d’un Etat de droit vers un autoritarisme sécuritaire qui a fini par offrir la France à Adolf Hitler sur un plateau.

Et tout commence par la demande, le 6 avril 1938, des pleins pouvoirs de Léon Blum, alors président du conseil pour la deuxième fois : elle est rejetée par les radicaux-socialistes du Sénat et c’est une coalition emmenée par Edouard Daladier qui finit par prendre les rennes du pouvoir grâce à une alliance de circonstances avec les conservateurs. En réalité, c’est le de circonstances qui va intéresser le philosophe.

Et ces circonstances, ce sont celles d’une course en avant de la pensée alors dominante qui ne peut plus « s’attard[er] en des controverses qui compromettent son avenir », pour citer Daladier le 21 août 1938. Outre le fait qu’on croirait entendre du Macron dans le texte, c’est dans ce genre d’assertion que la récidive pointe son nez : plus la démocratie, française en l’occurrence, est affaiblie, plus on cherche à l’affaiblir – et surtout lorsqu’on est du centre droit, de droite ou d’extrême droite. Pour ce qui est de la fin des années 1930, on sait quand la démocratie a été définitivement mise à mort. Pour ce qui est d’aujourd’hui, on en est fort heureusement au stade où on le redoute encore.

Ainsi, quand l’auteur nous parle des mesures qui limitent les occupations d’usine, on ne peut que penser aux mesures prises il y a peu qui ont fait entrer dans le droit commun l’état d’urgence. Quand il énumère les discours de fermeté vis-à-vis des étrangers, c’est au poison du Rassemblement national que cela ressemble. Certaines lois sont même carrément les mêmes ! Ainsi de la déchéance de nationalité, votée sous le gouvernement Daladier et voulue par François Hollande, ou de celle instituant le délit d’entraide, auquel on a fort heureusement échappé en 2018 grâce à notre Conseil Constitutionnel (une fois n’est pas coutume).

Bref, tout ce qu’observe, raconte, développe et analyse Michaël Fœssel dans la presse de 1938 fait flipper car on en connaît la funeste issue. Brillant, l’auteur sait aussi faire le jeu de l’étonnement si propre aux philosophes pour nous faire vivre chacune de ses découvertes comme des rencontres fortuites alors même que l’on comprend au final que ce sont des étapes  implacables vers l’abolition de la démocratie et des droits fondamentaux. Et l’hypothèse analogique de se faire puissante. Et troublante.

« L’hypothèse finale de ce livre est que la politique Daladier, faite d’assouplissement économique et de reprise en main autoritaire, est aux régimes totalitaires qu’elle combat ce que les politiques néolibérales menées depuis plus d’une décennie sont au nationalisme autoritaire qui menace de venir dans nombre de pays européens » conclut le philosophe. Encore une version intelligente pour dire que Macron, c’est Daladier. Et qu’il va sérieusement penser à se réveiller de notre torpeur si l’on veut éviter le pire.

Lola-Valérie Buissard

Une réponse

  1. Annie dit :

    top !

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