Le progrès ne tombe pas d’En Marche

Le progrès ne tombe pas du ciel, écrivent deux ex-conseillers d’Emmanuel Macron,  Ismael Emelien et David Amiel. Sans voir qu’il ne tombe pas non plus d’En marche… Les deux jeunes marcheurs affirment à grand renfort de médias que l’affrontement politique se joue désormais entre deux camps,”progressistes” versus ”populistes”. Ce fantasme, qui se veut performatif, vise à réduire le champ politique pour couper l’herbe sous le pied d’un changement émancipateur.

Les deux termes, véritables attrape-tout, brouillent plus encore des repères idéologiques et politiques déjà bien explosés. Dans leur curieux imaginaire, les « progressistes » regroupent au fond celles et ceux qui ont mis en œuvre ou soutenu les choix gouvernementaux des dernières décennies et accompagnent sagement le cours de l’Union européenne. Les politiques actuelles sont la parfaite synthèse des choix opérés par les gouvernements précédents qui se réclamaient de la droite ou de la gauche. Aussi « les progressistes » ne regroupent-ils que les tenants de la répétition politique. Face à eux, il n’y aurait plus que les « populistes ». L’emploi du terme au pluriel est si fourre-tout qu’il permet désormais, au gré de circonvolutions, d’y inclure toute force politique qui soutiendrait les révoltes populaires et ne se résoudrait pas à voir dans le cap gouvernemental la marche du progrès. A l’instar de la formule bien connue « les extrêmes », qui met dans un même bloc deux pôles politiques diamétralement opposés, cette analyse hémiplégique de la politique conduit à obscurcir plus encore les repères et à marginaliser de véritables alternatives.

Les propositions politiques existantes ne se résument pas à deux options : le brun, le repli, la haine, le culte du chef, le climato-scepticisme, ou la poursuite de politiques austères, néolibérales, productivistes et technocratiques. Rosa Luxembourg avait annoncé « socialisme ou barbarie », faudrait-il se contenter aujourd’hui de « progressisme ou populismes » ? LREM cherche ainsi à imposer son « TINA » et joue dangereusement avec le feu de l’extrême droite.

Dans le climat actuel, les défenseurs du partage des richesses, des pouvoirs, des savoirs et des temps doivent faire dérailler ce triste cours des choses. C’est une responsabilité historique. Les raisons d’espérer et de construire une issue émancipatrice, porteuse d’avancées sociales, écologistes, démocratiques, ne manquent pas. Loin du clash permanent et de l’esprit de revanche, sur la base d’une cohérence assumée des combats émancipateurs, je suis convaincue que nous pouvons déjouer le scénario aussi bancal que menaçant fantasmé par la macronie. Il en va du sens à être ensemble loin de la folie consumériste et de la course au profit, de l’égalité et de la justice, de la dignité pour chacune et chacun.

Clémentine Autain

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