ONUbilé.e.s par La FI, la fine fleur du journalisme tombe dans le complot

Ce 6 mars dernier, dans 24h Pujadas, le présentateur recyclé du 20h invitait Serge Raffy (l’Obs), Laurence Marchande-Taillade (PRG, Forces Laïques), Yvan Rioufol (Figaro) et Sophie Coignard (Le Point). Aucun des journalistes ne semblent avoir supporté la remontrance adressée à la France par l’ONU sur la question des violences policières. Il suffisait que le gouvernement dédaigne le sujet par le biais de son porte-parole puis du président et voilà que nos commentateurs s’attèlent à la défense du pays, dans une concorde nationale non dénuée de ridicule. La France pas loin d’être « outragée, brisée, martyrisée » par l’ONU a trouvé ses nouveaux généraux. Jean-Michel Apathie, qui porte bien son nom, avait ouvert le bal en qualifiant Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et désormais Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, de « sous-secrétaire désoeuvrée ». Sophie Coignard se contentera, elle, de déplorer qu’elle ait « fumé la moquette ». Une expression qui en dit long sur le mépris suintant sur le plateau et qui devrait être interdite depuis la fin des années 1990. On pourrait me reprocher une certaine naïveté à clamer ma surprise d’entendre de telles paroles médiatiques, j’en conviens. Mais, le dérapage va plus loin, amené à coup de grands renforts par nos journalistes en roue libre.

Serge Raffy peste contre une « opération onusienne » qui vise à « salir encore plus le gouvernement français ». Puis, conforté.e.s par l’entre-soi, toutes et tous y vont de leurs bons mots « jeux d’influences », « instrumentalisation de l’ONU », « manipulation politique ». Au milieu de cette curieuse agitation, David Pujadas tente ensuite de trouver un coupable, lançant le blâme, au hasard, sur le Rassemblement National et La France Insoumise. Il est en effet coutume de ne pas voir, sur les plateaux de télé, les différences profondes entre les deux partis, tant l’analyse politique est à l’éditorialiste ce que Schwarzenegger est à la poésie. Vient l’heure de la conclusion politique et, surprise on sait qui a « susurré aux oreilles de l’ONU » de sermonner la France, pour reprendre l’expression malencontreuse de Laurence Marchande-Taillade. Accrochez-vous, la fulgurance de la démonstration risque de vous emporter : Michelle Bachelet est socialiste, Jean-Luc Mélenchon a été socialiste. Le Chili est en Amérique Latine, le Venezuela aussi. C’est donc « l’axe » (je cite Raffy, sic!) chaviste qui doit sans doute expliquer la « concordance troublante » de langage entre l’ONU et La France Insoumise.

Il faut sans doute une force de conviction incroyable pour préférer voir un complot chaviste influençant l’ONU plutôt que reconnaître la réalité sinistre de la répression policière de ces derniers mois. Les premiers à avoir dégainé pour dénoncer le complotisme des Gilets Jaunes sont ceux qui y tombent aujourd’hui.

Paul Elek

 

2 réponses

  1. FOURNIS Jean pierre dit :

    Tout à fait d’accord avec Pablo, j’ai moi même vu des commentaires journalistiques identiques dans l’émission « C’est à vous » de France 5…!!!

  2. CLERC dit :

    Si on a quelques doutes sur la collusion entre le pouvoir macronien et la presse de grande diffusion là on en a plus

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