Elsa Faucillon a lu « Le Choc des utopies »

Aux plus de 600 pages de la Stratégie du choc, la petite centaine de pages du Choc des Utopies fait évidement pale figure dans la bibliothèque. Du coup on se demande : l’espoir serait il si mince ? 

Entre le reportage et l’essai, Naomi Klein traduit concrètement l’application de la stratégie du choc à Porto Rico après l’ouragan Maria. On se souvient des images de Trump arrivé tardivement sur l’ile lançant des paquets d’essuie-tout aux sinistrés. Ici on paye les impôts mais on a pas le droit de vote. La journaliste nous livre dans le détail l’exploitation du désespoir des habitants par les banquiers, promoteurs immobiliers et opérateurs de cryptomonnaie qui ont vu dans le désarroi causé par la catastrophe naturelle une occasion de déposséder l’île de ses ressources. 

Elle dépeint alors une ploutocratie soutenue par le gouverneur de l’île, qui tente d’exploiter le chaos pour imposer la privatisation des services publics et des allégements fiscaux réservés aux investisseurs étrangers. Porto Rico ravagé incarne un espace « vierge » à coloniser au nom du profit. Très explicitement, Naomi Klein en fait un cas à suivre de ce qui nous attend avec le dérèglement climatique. 

L’essentiel de l’essai est néanmoins tourné vers l’espoir, vers celles et ceux qui s’organisent pour subvenir à leurs besoins et bâtir une société durable et démocratique. Nous suivons celles et ceux qui se battent et s’auto-organisent contre la fermeture de 200 écoles publiques, des paysans qui nourrissent des communautés entières grâce à une agriculture écologique, des militants de l’énergie solaire qui alimente des villages où tout était coupé. Bref deux mondes en parallèle, deux utopies dont Naomi Klein prédit la collision inévitable.

Si l’essai souligne les possibilités à faire vivre l’entraide, l’auto-organisation, la créativité même après le chaos, la crainte est palpable quand à leur poids face à la rapidité du capital. Dans cette course contre la montre, je retiens cette proposition issue du rassemblement d’organisations et de mouvements contre le capitalisme du désastre et pour d’autres mondes : « la réinvention plutôt que la reconstruction ! »

Elsa Faucillon

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