Grande fatigue !

Quelque chose ne tourne pas rond. Le débat public et politique se joue sur l’air du buzz permanent, l’un chassant l’autre à la vitesse de l’éclair. Le mode viril du clash et la haine comme forme d’expression ont pris le pas sur le fil des principes, sur les cohérences idéologiques qui mériteraient de s’affronter avec davantage de rationalité et d’humanité que de tristes passions.

On ne compte plus les polémiques virales qui montent en puissance aussi vite qu’elles ne redescendent pour mieux finir totalement oubliées. Parfois les controverses montées en épingle portent en elles des enjeux de fond mais on perd la trace. D’autres fois, elles ne révèlent qu’un vide abyssal de la pensée. Toujours en tout cas, ces clash à répétitions zappent le récit qui fait sens dans la durée et contribuent à nous étourdir, et ainsi à brouiller plus encore les repères idéologiques.

« Sur les réseaux sociaux comme sur les marchés financiers ce qui compte c’est la volatilité créée par des avis imprévisibles. Le clash-tweet qui fait du buzz se substitue au récit qui exige une certaine continuité pour dérouler les tours et détours d’une intrigue. C’est cette agonistique fondée sur la surenchère que j’appelle «l’ère du clash», et dont la «Ligue du LOL» est le dernier avatar. »*

Les responsables politiques sont sommés de répondre aux injonctions d’une pensée dominante étouffante, et sont aussi ramenés à leurs 140 signes de tweets, à leurs paroles priées d’être plus tranchantes que justes si elles veulent être entendues dans le bruit médiatique et le fond sonore des réseaux sociaux. Dans cet univers du débat public, l’insulte devient un art pour exister. La violence verbale ou en actes se mue en efficacité supérieure à la qualité de l’argumentation, à la force de la conviction, à l’agencement d’une réponse politique qui fait sens dans la durée. Ce climat nous apparaît comme un signe de la décomposition politique profonde. Le zapping permanent et l’agressivité pour modalité privilégiée des échanges suscitent en nous une grande fatigue. Sans doute que le travail de refondation d’une espérance suppose de ne pas céder à cette agitation, avec son lot de surenchère haineuse, et de tracer une route stable, repérable et audacieuse. Au risque d’être pour l’heure inaudible et de rester en fond de scène ? Aucun renoncement de notre part, bien au contraire, ce « pas de coté » c’est aussi l’ambition du Fil des communs !

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

*L’Ere du clash, Christian Salmon chez Fayard

3 réponses

  1. Jean-René PENDARIES dit :

    Merci. Mais j’espère que le Fil des Communs nous proposera bientôt autre chose que des commentaires de l’actualité …
    Amicalement
    JR

  2. kheymrad dit :

    Si je comprends bien cet article, vous allez donc nous proposer une pensée théorique globale, et surtout pas des réactions au cas par cas à des problèmes d’actualités, c’est bien cela?

  3. pierre leone dit :

    Ca me fait repenser à une réponse de Didier Burkhalter alors président de la confédération helvétique

    « Tout ce qui est excessif est insignifiant. La politique, c’est penser au résultat final, et non pas se concentrer sur l’expression qui va faire le buzz du jour ! »

    J’avance l’hypothèse que pour réfléchir comme ça il est indispensable que les hommes politiques ne soient pas vus (et ne se voient pas) comme providentiels mais réellement au service du pays. C’est illusoire de penser que n’importe qui peut se présenter sur une liste, être élu et faire du bon travail. Etre un politique demande des compétences mais ces compétences ne font pas d’eux des dieux vivants. Prendre une décision devrait prendre plus temps que celui nécessaire à taper 140 signes, et surtout: de consulter!

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