Feignant.e.s de tout le pays, unissez-vous !

Alors que le grand débat bat son plein, soulevant les foules enthousiastes de Gargilesse-Dampierre à Bourg-de-Péage, le gouvernement a trouvé une sortie de crise judicieuse. Il faut bien « remettre le pays au travail » comme s’évertue désormais de le répéter notre populaire président dans chacune des ses interventions. C’est vrai ! Déjà que la chienlit bloque les routes, les rond-points et manifeste tous les samedis… Ces gens-là, travaillent-ils ne serait-ce qu’un jour dans la semaine? 

Contre la farandole des fainéant.e.s du pays qui ne se cachent plus et ont troqué leur chasuble syndical pour le bien plus ostentatoire gilet jaune, le premier ministre a trouvé une solution ! Quoi de mieux que conditionner leurs aides sociales ? Aujourd’hui la France est un des pays les plus redistributifs d’Europe et comment ne peut-on pas être stupéfait de les voir faire la queue des heures pour recevoir leurs millions. Tous ces salauds de pauvres qui touchent des sommes faramineuses pourraient en faire trembler de dépit les meilleurs éditorialistes ou nos chers ministres qui ont sacrifié leurs opportunités dans le privé pour servir l’Etat à un prix dérisoire !  Mais c’est fini ce pognon de dingue. Les plus privilégiés d’entre eux devront choisir : « travaillez maintenant ou plus de voyages au Bahamas au frais de la CAF ! »

J’arrête ici la fable, de peur que l’on me propose un poste de chroniqueur sur BFM TV. Il n’y a cependant pas matière à plaisanter avec la sortie d’Edouard Philippe sur le plateau de France 2 annonçant avec précaution la dégressivité des allocations chômage. Comme si la chanson entonnée sur l’assistanat risquait de ne pas prendre, le gouvernement a mis les bouchées doubles. En exclusivité, retrouvez bien malheureusement le couplet du dernier remix de Notre-Dame de Paris : « Il est quand même aussi venu le temps de réduire le déficit de l’assurance chômage ». La guerre aux chômeurs plutôt qu’au chômage donc, un grand classique qu’on aurait voulu oublier, en même temps que Sarkozy. 

Le Medef a acquiescé avec un peu de dédain, mais ne souhaite pas que ce soit « l’alpha et l’omega de la réforme », comprendre : le compte n’y est pas. Une attitude d’enfant gâté peu surprenante pour un patronat qui se gave à coups de milliards du CICE. Pour ceux et celles qui ne trouvent pas du travail en traversant la rue ou qui ne sont pas à la tête d’une multinationale, ils et elles auront droit d’avoir avant tout des devoirs. En contrepartie de moins en de versements, la solidarité passera par du bénévolat forcé. Un oxymore de plus pour la novlangue libérale qui aura échappé aux macronistes.

Cela dit, Philippe fait fort, et quelques mots auront suffi pour faire voir rouge jusqu’à la CFDT ! Un faux pas qui coutera cher? C’est en tout cas un nouveau front social qui s’ouvre, une bataille à lancer. Feignant.e.s de tout le pays, unissez-vous !

Pablo LIVIGNI

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :