Clara Merienne a vu « Tout ce qu’il me reste de la révolution »

A l’heure de la fin des idéologies, toute forme de révolte est devenue risible. Tel est le parti pris de de Judith Davis dans son premier film, Tout ce qu’il me reste de la révolution, adaptation de la pièce de théâtre du même nom.

Licenciée d’un cabinet d’urbanisme au cours d’un entretien de « remerciement » hilarant, Angèle, personnage principale incarnée par la réalisatrice, retourne vivre chez son père, ancien militant maoïste toujours bercé d’idéaux aujourd’hui perdus. Incapable de rester muette face à l’ordre du monde, Angèle se lance dans une série de petites révoltes quotidiennes. Le spectateur assiste à ses diatribes contre la prolifération de distributeurs de billets, ses performances devant les locaux de Pôle Emploi ou encore ses happening face aux employés de banque. Fatiguée de cette indignation stérile, elle se décide avec une amie, artiste désabusée obligée de se plier aux demandes des consommateurs, dans la création d’un groupe de discussion.

En parallèle, sa soeur incarne un alter-ego ayant abandonné les idéaux de ses parents au profit du confort petit-bourgeois qu’offrent les banlieues pavillonnaires. Ce décalage donne à voir une série d’échanges houleux à propos d’un héritage révolutionnaire dur à porter. Dans ce contexte, la divulgation d’un secret familial va mener Angèle à renouer avec sa mère, ancienne révolutionnaire partie s’isoler au coeur de la campagne française.

Ce retournement fait alors bifurquer l’histoire vers un happy ending familial, dont le film se satisfait. Et c’est là que le bât blesse. De phénomène politique, la lutte devient phénomène familial. Le film sombre alors dans des explications psychologisantes de la révolte, ramenée à la fidélité à l’héritage parental, et omet ainsi les déterminants objectifs de l’indignation. Violences sociales, inégalités raciales et de genre sont ainsi passées sous silence, transformant des revendications politiques en simples caprices. Cette stérilisation du combat s’incarne dans les débats futiles de leur groupe de discussion, dénué de toute capacité d’agir. Judith Davis nous laisse impuissants et laisse de côté les modalités d’actions politiques contemporaines. Saisissant brillamment le désarroi de sa génération, elle peine à comprendre pleinement les motivations de celle qui vient.

Malgré ces manquements, Judith Davis construit un personnage attachant qui remet au coeur de la question du lien social, illustrée par l’envie d’Angèle de tisser une rue entre Montreuil et Paris brisant la frontière du « périph ». Une figure d’identification salutaire pour une génération en mal d’idéaux.

Clara Merienne

Une réponse

  1. kheymrad dit :

    les idéologies n’ont jamais été aussi forte qu’aujourd’hui: l’idéologie, ce sont les théories au service de la classe dominante. La Religion: c’est l’exemple paradigmatique d’une idéologie.

    Ce qui meurt aujourd’hui, c’est l’analyse scientifique des rapports de classes.

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