Mary Beard, les Femmes et le pouvoir

« Le succès ou l’échec d’une révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s’en est trouvé rapidement modifié dans une direction progressive. » Angela Davis

« L’autorité émanant de la voix grave des hommes, par opposition à celle des femmes, est à maintes reprises soulignée dans la littérature de l’Antiquité. Comme le dit explicitement un traité scientifique de la période, une voix grave signale le courage masculin, une voix aiguë la lâcheté féminine. D’autres auteurs de l’Antiquité insistent sur le faut que le timbre et la tonalité que font entendre les femmes lorsqu’elles prennent la parole menacent toujours de subvertir non seulement la voix de ‘orateur mâle, mais aussi l’ordre social et politique, et la bonne santé de l’Etat dans sa totalité. Un auteur du 11ème siècle portant le nom révélateur de Dion Chrysostome -qui signifie littéralement Dion « bouche d’or »- demanda à son auditoire d’imaginer qu’un jour « une communauté entière se trouve affectée par une étrange calamité: tous les hommes sont soudainement dotés de voix de femmes, si bien qu’aucun mâle, enfant ou adulte, ne peut plus rien dire de façon virile. Ne serait-ce pas là un terrible fléau qu’on puisse endurer? Je suis certain qu’on enverrait alors consulter les dieux de quelque sanctuaire, pour essayer de concilier la puissance divine au moyen de nombreux présents. » Ce n’était pas une plaisanterie.

Tout cela ne relève pas de l’idéologie étrange de quelques civilisations distantes. Distante dans le temps, peut-être. Mais je voudrais y insister: de cette tradition de la parole sexuée- avec la théorisation qui s’y rapporte – nous sommes encore directement ou le plus souvent indirectement, les héritiers. Nul besoin d’exagérer. La culture occidentale ne doit pas tout aux Grecs et aux Romains, qu’il s’agisse du discours ou de tout autre chose ( grâce au ciel, ce n’est pas le cas ; aucun d’entre nous ne rêverait de vivre dans un monde gréco-romain). Toutes sortes d’influence concurrentes s’exercent sur nous, et notre système politique à fort heureusement aboli maintes certitudes de l’Antiquité relative au genre. Il n’en demeure pas moins que les traditions sur lesquelles repose notre manière de débattre et de parler en public, avec ses conventions et ses règles, continuent pour une grande part de vivre dans l’ombre portée du monde de l’Antiquité classique. (…)

Encore une fois, nous ne sommes pas simplement les victimes ou les dupes de notre héritage classique : les traditions qu’il porte nous ont procuré le puissant modèle à partir duquel nous pensons le discours public et à partir duquel nous décidons quelles prestations oratoires doivent être jugées bonnes ou mauvaises, persuasives ou non, et à quel discours il convient de ménager un espace pour se faire entendre. Or, le genre constitue à l’évidence un aspect important de cette réalité. »

Les Femmes et le pouvoir, un manifeste, Mary Beard

2 réponses

  1. kheymrad dit :

    désolé de vous contredire, mais la voix aiguë (associée au sexe de petite taille) a souvent été un critère de virilité. C’est pour cela que dans l’Opera, ce sont des voix de Castra / Soprano / Fausset qui sont choisies pour représenter les grands leaders militaires.

    Rappelons que dans la culture antique, qui est pédéraste et homosexuelle (je vous invite à lire l’article wikipedia sur la pédérastie), c’est à l’hétérosexuel que l’on associe les clichés de genre « efféminé ». Pâris dans l’Iliade, c’est le pervers hétérosexuel strict, responsable de la guerre, qui se cache dans les seins de sa femme, qui a une grosse quéquette et une voix grave de Nubien, qui a peur de se battre, et qui tue Achille à distance comme un lâche (Achille, solide homosexuel viril avec une petite quéquette et une voix aiguë).

    « grâce au ciel », à cause des cultes sémitiques pour être plus précis (en l’occurrence, à cause du christianisme), les valeurs et les représentations de genre ont été totalement inversées.

    Les valeurs progressistes, de la renaissance à aujourd’hui, consistent à se détacher des valeurs réactionnaires et homophobes des cultes sémitiques pour renouer avec les valeurs païennes de l’antiquité.

    je vous invite à regarder cette vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=f8h8vvF7SDk

  2. olmedo dit :

    l’image et le son vont de paire mais je ne comprends des fois pas le préjugé ou les messages que reçoivent le publique subliminaux ou inconscient qui font que ce n’est pas le discour qui donne vraiment le cautionnement des idées de l’orateurs des fois…la communication est devenu une science ou une étude sérieuse,je comprends des fois,mais cela me gêne beaucoup aussi….

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