La démocratie en procès en Espagne : circulez, y’a rien à voir!

Mardi 12 février débute le procès de neuf leaders politiques catalans. Indépendantistes. Ils risquent de neuf à vingt-cinq ans de prison pour avoir porté, dans le débat public, le droit du peuple catalan à disposer de lui-même. « Sédition » et « rébellion », carrément. Et ça, c’est du lourd en matière d’atteinte patente au droit international et aux droits de l’homme. D’autant que les neufs sont en taule depuis plus d’un an.

La question n’est pas tant de savoir si on est pour ou contre l’indépendance comme essaient de nous faire croire certains éditorialistes malavisés : car ici, c’est la démocratie que l’on met en procès. Et c’est insupportable.

Insupportable parce que l’Espagne est un pays de l’Union européenne et que la France est incapable de prendre position en faveur de l’Etat de droit, c’est-à-dire en demandant la libération immédiate de Jordi Sànchez et Jordi Cuixart, respectivement présidents de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC) et d’Omnium Cultural, d’Oriol Junqueras (vice-président) et de Jordi Turull, (porte-parole du gouvernement), de Joaquim Forn (ministre de l’Intérieur), de Raul Romeva (ministre des Affaires extérieures, des Relations institutionnelles et de la Transparence), de Jordi Rull (ministre chargé du Territoire et du développement durable), de Dolors Bassa (ministre du Travail, des Affaires sociales, de la Famille) et de Carme Forcadell, ancienne présidente du Parlement catalan.

Mais las, les droits civiques sont bafoués en Espagne. On enferme des responsables politiques parce qu’ils ont organisé un référendum. Pire, on les accuse d’être à l’origine de violences que l’Etat central a pourtant lui-même organisées. Et, comme l’indécence n’a pas de bornes, on ose même brandir à tort et à travers une Constitution pour brocarder les libertés publiques.

La faute à qui ? Au Parti populaire (droite) et au Parti socialiste ouvrier (sic) espagnol (gauche – très – molle) : le premier parce que digne héritier d’un franquisme décomplexé, le second par pusillanimité et lâcheté. La fracture nationaliste a bon dos : elle permet de trouver un ennemi commun et de recréer une supposée unité. Foutaises de partis de chambre qui courent droit au(x) désastre(s).

Et que fait la France ? Que fait l’Union européenne ? Elles oscillent entre un funeste mutisme et un alignement dramatique derrière le pouvoir en place. « Il s’agit d’une affaire intérieure à l’Espagne » ne cesse-t-on de nous ressasser. En d’autres endroits du globe, bien plus éloignés que la péninsule ibérique, on prend beaucoup moins de pincettes…

Alors que l’on fête le 80ème anniversaire de la Retirada, l’exode des réfugiés espagnols de la guerre civile à la suite de la chute de la Seconde République espagnole, il est toujours aussi flippant de constater l’immobilisme français et européen.

Lola-Valérie Buissard

2 réponses

  1. Rubén Ibañez dit :

    remarque fraternelle : On commémore et c’est bien, la retirada, de là à la fêter ;-)….

  2. kheymrad dit :

    « pusillanimité et lâcheté »: les 2 principaux maux dont souffre la gauche aujourd’hui.
    Le Roi d’Espagne est français, il appartient donc aux français d’en débarrasser l’Espagne. L’armée Française a toute sa place dans les rues de Barcelone pour défendre la République et le Socialisme.

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