Femmes et pouvoir, qu’est-ce qui coince?

« On ne combat bien que ce que l’on voit », dit le personnage Clara dans Casse-Noisette, et elle a bien raison. C’est pourquoi j’ai organisé le vendredi 8 février un colloque en partenariat avec Libération intitulé : « Le pouvoir a-t-il un sexe ? ». Manière de partager nos expériences et nos réflexions sur ce qui empêche l’égalité hommes/femmes dans la sphère politique. Alors que la loi sur la parité va bientôt fêter ses vingt ans, force est de constater la persistance des inégalités hommes/femmes dans la sphère politique. Les femmes ne sont plus totalement des intrus, elles ont fait irruption en nombre mais un plafond de verre s’impose à elles tant les hommes n’ont concédé à l’égalité que là où ils y étaient contraints par la loi. Le pouvoir reste moulé dans un virilisme des formes, des corps, des façons de faire. Les temps de la vie politique ne se sont pas adaptés au bouleversement qu’a constitué l’arrivée des femmes dans la vie publique. Des résistances symboliques et matérielles freinent le partage du pouvoir politique. Mieux les saisir et les donner à voir contribue à les faire reculer comme à mieux dégager la nature des réponses à apporter.

L’idée de consacrer une journée à ce qui coince entre femmes et pouvoir nous est venue après la parution d’une photo de meeting au Tréport qui rassemblait des leaders de gauche venus soutenir une gare menacée de fermeture. Seuls des hommes figuraient sur cette image qui cristallisait la sous-représentation des femmes parmi les responsables politiques de gauche. Quelques femmes politiques de gauche, dont je fus avec Elsa Faucillon, ont alors décidé de publier une tribune pour pointer cette anomalie structurelle. Nous avons toutes constaté un bon accueil dans nos formations politiques de notre texte mais visiblement personne ou presque parmi les hommes politiques de nos formations n’avait pris le temps de le lire. Le sentiment que notre parole était donc confinée dans un entre-soi féminin voire féministe nous a interpellé. Comme bien d’autres fois, nous avons ressenti quelque chose comme : « c’est bien les filles, vous avez raison, continuez à vous battre… mais ce n’est pas vraiment notre problème ». D’où l’idée de faire le point sur les résistances, leur nature, et d’inviter des hommes pour avancer vers une prise en considération partagée de l’enjeu. Après le mouvement #Metoo, il nous semblait que les défis féministes n’étaient plus confinés aux marges de la politique mais figuraient au premier plan des enjeux sociaux et politiques.Malgré de nombreux refus masculins de participer à notre colloque, ce sont bien des table-rondes mixtes, quoique plus féminisées bien sûr que n’importe quel autre colloque de l’Assemblée nationale, qui ont permis de réfléchir aux freins à l’égalité dans le champ politique. Avec des intellectuelles – Mathilde Larrere, Frédérique Matonti, Camille Froidevaux-Metterie, Lauren Bastide – et des personnalités politiques – Danièle Obono, David Cormand, Anne Hidalgo, Benoit Hamon, Esther Benbassa, Elsa Faucillon, Manon Aubry, Guillaume Gouffier-Cha, Geoffroy Didier. Nous y avons parlé de tâches domestiques, de séduction, d’horaires de réunion, de longueur de jupe… Car ce qui frappe, c’est la récurrence du rappel à l’ordre des sexes qui produit de l’inégalité. Écoutez ce brouhaha dès qu’une femme prend la parole dans une réunion. Voyez ces micros qui sont calés sur des voix d’hommes. Regardez ces corps très virils de leaders qui prennent la parole dans les meetings ou se prêtent aux joutes oratoires si physiques à l’Assemblée nationale. Les femmes sont des corps étrangers dans ce monde fait par et pour les hommes. La politique, et en particulier la stratégie, se façonne dans des temps informels dont les femmes sont largement exclues. Par habitude, par réflexes d’entre-soi. S’ajoutent les contraintes matérielles liées à l’implication plus grande des femmes à la vie domestique et parentale. Les temps de la vie ne sont pas partagés, ce qui entravent l’égalité : ce sont tous les temps qu’il faut repenser. Le non cumul des mandats, en nombre et dans le temps, et le statut de l’élu-e seraient des atouts considérables pour que progresse la place des femmes en politique.

Cette journée pour y penser nous a fait du bien. Nous voudrions que ces réflexions germent et fassent irruption dans l’univers mental et concret des hommes politiques. Et qu’elles donnent de la confiance aux femmes pour trouver leur place et pour bousculer les normes du pouvoir.

Clémentine Autain

Intervention de Clémentine Autain au colloque « Le pouvoir a-t-il un sexe ? »

Toute la semaine Libération a publié des tribunes des participant.e.s:

Elsa Faucillon : https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/02/06/sphere-privee-et-sphere-publique_1707722
Esther Benbassa: https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/01/31/esther-benbassa-attention-animale-politique_1706549
David Corman : https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/02/04/camaraderie-fraternelle-prime-aux-grandes-gueules-humour-de-caserne_1707266
Mathilde Larrère : https://www.liberation.fr/evenements-libe/2019/01/24/les-hommes-sont-ils-des-femmes-politiques-comme-les-autres_1705037

3 réponses

  1. Le Squer Marc dit :

    Bravo Clémentine ! En ce qui me concerne j’ai toujours pensé que « la Femme est l’Avenir de l’Homme.. »
    Jean le chantait si bien.
    A part peut-être Mme Thatcher, lui répondait Renaud !

    Mais quels gros cons de machos nous faisons encore tous, nous les « mecs » au plus profond de nous. Aidez-nous Clem. et Elsa, éclairez-nous !

    Merci les filles de votre intelligence.

  2. Serge Collet dit :

    Martine Aubry, Marie-George Buffet et Michèle Alliot-marie !

  3. kheymrad dit :

    Puisse le prochain grand leader de la Révolution être une femme. Les hommes sont devenus des humanistes mous incapables d’instaurer une dictature du prolétariat violente et sans concession. Si Lulla avait été une femme, peut-être eut-il été capable d’engoulaguer tous les bourgeois réactionnaires du Brésil? Puisse Marianne et Athéna protéger les femmes de gauche, puissent les Valkyries d’Odin leur donner la force de terrasser les forces réactionnaires et d’anéantir l’idéologie sexiste des Abrahamites.

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