École en Marche autoritaire

Il est habile, pas modeste ! Le ministre de l’Education nationale avait annoncé qu’il n’y aurait pas de grande loi Blanquer. Et puis finalement il n’a pas résisté. Il y aura donc cette semaine un projet de loi gros de 24 articles discuté à l’assemblée nationale. Mais toujours pas de grande loi selon le Ministre, simplement de nécessaires ajustements législatifs afin d’ « élever le niveau général des élèves » et promouvoir « la justice sociale ». Ne vous étouffez pas tout de suite ! 

Au menu : pression sur la libre expression des enseignants, refonte par le bas de la formation des profs, nouvelles écoles internationales modelées pour les enfants des exilés du Brexit, mise sous tutelle de l’évaluation des politiques éducatives, habilitation pour le gouvernement à refondre par ordonnances l’organisation des académies métropolitaines. 

Et comme le métier d’enseignant est de moins en moins attractif et qu’il n’est surtout pas question d’augmenter leur salaire, le texte offre la possibilité de piocher dans le vivier des assistants d’éducation qui préparent leur concours pour donner cours…

Le ton est donné dès l’entrée du texte, le Ministre veut l’exemplarité des enseignants et s’assurer de leur devoir de réserve. Dans les années 80, les débats sur l’école mettaient des millions de personnes dans la rue. C’est loin. La colère et le désarroi des enseignants sont pourtant aujourd’hui bel et bien vivaces. Mais peine à se faire entendre. Ils font alors avec les moyens du bord et ça se lâche sur la toile. Après le #pasdevague dénonçant le manque d’action du gouvernement sur les violences scolaires, les stylos rouges ont rapidement emboité le pas des Gilets jaunes, cherchant très vite les convergences. Les revendications de dignité, de justice sociale, de respect, se font écho. 

Le grand débat national n’a pour autant pas eu raison de la Loi Blanquer, pas de report à l’inverse de la Révision constitutionnelle ou de la réforme des retraites, l’école ne met pas le feu aux poudres et le Ministre de l’éducation nationale est jugé par l’exécutif comme ayant les épaules pour affronter la période. 

Au jeu de la comm’ orwellienne, « l’ignorance, c’est la force », Blanquer est passé Maitre. Celui qui a été directeur général de l’enseignement scolaire sous Sarkozy n’a pas oublié ses gammes. Son passé de recteur lui a aussi appris les rouages de la division parents-profs. Le gouvernement a donc réactivé un vieux serpent de mer : la suppression des allocations familiales pour les parents dont les enfants auraient commis des actes violents à l’école, tentant ainsi de dévier les colères des enseignants vers les parents. 

ParcourSup, réforme du bac et du lycée, c’est la logique de tri sélectif qui domine, les parcours d’initiés qui sont renforcés. Comment parler de justice sociale quand on pousse les enfants dès 14 ans à se déterminer sur leur avenir sans possibilité d’erreur, quand on officialise le recrutement sur dossier à l’université, quand on réécrit des programmes de lycée que tous les experts jugent excessivement complexes pour des adolescents et quand on réduit de près d’un tiers l’enseignement des matières générales en lycée professionnel. C’est une régression sans précédent dans le processus de démocratisation scolaire.

Face à cette maltraitance de la jeunesse -dont les réformes éducatives sont l’une des expressions – il nous faut considérer le sujet à cette hauteur : c’est une insulte à l’espoir !

Elsa Faucillon

Une réponse

  1. BORG dit :

    Bonjour,

    Je remarque :
    – que le mot ‘laïc’ apparaît une fois (dans le préambule) : Qu’en est-il de l’Alsace-Lorraine et des DTOM ? Conservent_ils leurs statuts ?

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