Catherine Tricot a lu «La guerre des pauvres»

« La guerre des pauvres », plus connue sous le nom de « Guerre des paysans », s’est déroulée en 1525 en Allemagne, en Alsace aussi. C’est ce soulèvement populaire écrasé dans le sang que compte Eric Vuillard dans un texte d’une concision qui le dispute à la rage. 

Eric Vuillard est coutumier de ces récits qui remontent à la surface des événements enfouis. La révolte des ouvriers du fabricant de papier peint Réveillon à la veille de la révolution de 1789 et leur impitoyable massacre  (14 juillet- Actes Sud); la réunion où se scelle le soutien des grands patrons allemands au régime Hitlérien ou encore l’arrivée ridicule de l’armée nazie en Autriche (L’Ordre du jour- Actes Sud- Prix Goncourt 2017)… Cette fois Eric Vuillard reprend un évènement qui n’a pas été totalement oublié parce que tous les petits siècles, un homme décide de le raconter à nouveau. Eric Vuillard poursuit cette tradition, après Engels en 1850 (La guerre des paysans en Allemagne- texte disponible sur Internet) , Ernst Bloch en 1920 (Thomas Müntzer : théologien de la révolution, Réédité par les Prairies ordinaires- Préface de Thierry Labica). 

Cette révolte du XVI° siècle, qui se termine en massacre de milliers de personnes et en décapitation pour Müntzer alors âgé de 35 ans, s’inscrit dans la longue liste des combats perdus et recommencés au nom de l’égalité. Thomas Müntzer, le Pasteur protestant qui prêche en Allemand et lève les foules contre l’insupportable corvée, poursuit l’audace de Spartacus, et annonce Louise Michel. Vuillard se situe de ce côté de l’histoire. Dans un entretien au Monde, il explique : « Le mouvement des « gilets jaunes » incarne la pulsion égalitaire qui, depuis 1789, a été gravée dans nos principes. Or, depuis la Révolution, la littérature s’est adossée au mouvement émancipateur qui emporte les sociétés, et avant tout la société française. On pourrait dire que Stendhal, Hugo, Zola, Malraux, Sartre sont bien sûr des noms singuliers, mais ce sont aussi les traces d’une histoire collective ». 

N’allez pas croire que Vuillard nourrit son romantisme dans ces défaites. «  l’écriture est aussi une force agissante, elle n’est pas uniquement là pour consigner nos malheurs. » dit-il encore. « Le martyre est un piège pour ceux que l’on opprime, seul est souhaitable la victoire. Je la raconterai. ». C’est sur cette promesse et ce défi que se clôt son court texte. Réjouissant. 

Catherine Tricot

3 réponses

  1. charlepagne dit :

    Bonjour , « N’allait pas croire » c’est « n’allez pas croire » ? non ?

  2. FOURNIS Jean pierre dit :

    J’ai lu cette épopée historique du 16ème/s faite de foi, de liberté et d’égalité du peuple dans bas, menée par cet homme « Thomas MUNTZER » qui a vu petit son père être décapité pour avoir simplement prôné une justice sociale. Une similitude peut être moins effrayante avec ce que nous vivons aujourd’hui en France au 21ème/s, la demande non satisfaite des laissés pour compte pour simplement obtenir une justice sociale légitime. Merci à Eric VUILLARD pour cet excellent récit.

  3. kheymrad dit :

    Dans la Révolution, la seule et unique chose qui compte, c’est de gagner. Et pour cela, on n’a pas le choix: il faut utiliser les méthodes réactionnaires contre les réactionnaires. La tchéka et les goulags sont les éléments essentiels de toute révolution authentique. Les curés façon Müntzer ne peuvent que vous mener à la défaite: normal, leur idéologie religieuse a été conçue pour protéger les puissants et soumettre les peuples.

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