Ensemble, nous créons le FIL

Nous prenons une initiative politique, l’époque nous y oblige pour bâtir une issue émancipatrice aux crises contemporaines. Nous voulons participer activement au travail de refondation des idées, stratégies et formes politiques à même d’agréger et de gagner dans notre pays. 

Tout récemment, les gilets jaunes ont accéléré la prise de conscience des conséquences dramatiques des choix politiques opérés depuis plusieurs décennies. Au mépris des classes populaires s’est opposée l’exigence de dignité. Financiarisation de l’économie capitaliste, explosion de la précarité, menace croissante sur la pérennité de notre environnement, consumérisme effréné qui abîme la planète et nos désirs, services publics démantelés, technocratie en lieu et place de la démocratie… L’esprit public se meurt, les inégalités sociales et territoriales explosent. Sur les ronds-points, cette société qui ne tourne pas rond se trouve vertement critiquée. À raison. Si ce mouvement a surpris dans sa forme, dans ses coordonnées territoriales et politiques, c’est qu’il ne ressemble pas à ce que le XXe siècle et même le tout début du XXIe avait connu. Les gilets jaunes cristallisent la nécessité d’aller au-delà des formes traditionnelles du mouvement ouvrier. Cela ne signifie pas que syndicats, communistes, socialistes, ne sont plus mais qu’ils n’ont plus, à eux seuls, la capacité d’entraînement et d’encadrement d’hier. Ce fait est un indicateur profond des changements qui s’opèrent. Il s’accompagne d’une réalité inédite : en soutien actif aux gilets jaunes, on a trouvé notre gauche et… l’extrême droite. Rien d’anodin. Cette réalité suppose d’aiguiser la stratégie politique pour ne pas sombrer avec le brouillage actuel des lignes de clivages. L’Italie est de ce point de vue un contre-exemple instructif. Dans ce moment où le brun a le vent en poupe à l’échelle internationale, notre capacité à tenir tête et à affronter les droites dures est clairement posée.  

C’est pourquoi nous devons travailler, encore et toujours, pour imaginer des réponses renouvelées. Le fil permet de tisser, et donc de créer. Nous voulons avec LE FIL contribuer à cet effort de mise à jour, d’invention. L’échec cinglant des expériences de type soviétique puis la déroute des expériences sociales-démocrates en Europe ont profondément percuté les schémas de pensée à gauche. Le mot gauche est profondément abîmé, il se trouve comme démonétisé. Faire du neuf à cette échelle historique n’est ni une mince affaire ni une simple histoire de tactique, de programme ou de slogan. Ce chemin se construit en avançant, et nous ne partons évidemment pas de rien. Des cultures se sont mélangées depuis plusieurs décennies maintenant, des propositions innovantes ont émergé, la France Insoumise a été identifiée comme un espace politique neuf. Mais la réflexion doit encore être poussée. Nous proposons ce cadre, LE FIL, pour mettre l’ouvrage sur l’établi. 

LE FIL, c’est aussi une ligne, un trait qui trace clairement un horizon. Notre obsession, notre fil, c’est la cohérence des combats contre les oppressions, dominations, aliénations. Nous voulons un modèle de société qui sorte du capitalisme mais aussi de tous les modes d’oppressions et de dominations. Entre les travailleurs qui se suicident au travail et les migrants qui peuvent mourir en traversant la Méditerranée, entre les précaires victimes de la dérégulation économique et les femmes victimes de violences, entre la lutte pour l’emploi et la préservation de l’environnement, entre le combat contre le racisme et la défense des droits LGBTI, nous ne choisissons pas, nous voulons mener tous ces combats. Le temps du refrain « priorité à la révolution contre le capitalisme, le reste viendra après » doit être révolu. Oui, il faut articuler égalité et liberté, ambition écologique et « question sociale », qui elle-même est totalement liée à ce que certains qualifient de sociétal pour les dissocier. Il faut faire du neuf, pas de la triangulation politique. LE FIL est un outil pour tracer la voie de ces prises de position concrètes qui permettent de faire valoir cette cohérence, une vision du monde résolument tournée vers l’émancipation humaine, dans toutes ses dimensions.

Le fil sert aussi à relier. Nous voulons que LE FIL joue un rôle de passerelle. Dans ce moment où les repères traditionnels explosent, nous en avons besoin. L’esprit d’ouverture et le parti pris du pluralisme nous tiennent fondamentalement à cœur. LE FIL se veut lieu de confrontation des expériences et des idées, condition d’une élaboration plus fine, plus pertinente. Ce que nous voulons relier, dans le respect de chacun, c’est aussi les trois univers décisifs pour un entrainement populaire : le mouvement social, l’espace politique, le monde intellectuel et artistique.  

LE FIL se lance avec cette première newsletter, dont la parution sera hebdomadaire, et se prolongera par des initiatives publiques. Avec toutes les forces individuelles et collectives disponibles qui se reconnaissent ou se reconnaîtront dans notre démarche, nous voulons faire mouvement, influer sur le cours de la construction politique à gauche.

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

58 réponses

  1. Deleuze Laurence dit :

    Le Lien comme passerelle…..
    Nouvelle initiative à laquelle je suis prête à m’associer afin de remettre l’Humanisme au coeur des « préoccupations » (pour ne pas dire politique »). Que l’utopie devienne réalité !!!

    • olivier eschapasse dit :

      Je ne sais pas si les Giles Jaunes vont dans la bonne direction…. et d’ailleurs, quelle serait-elle? Ce qui est certain c’est qu’ils ouvrent une voie inédite. Accepter de vivre cette incertitude est difficile et insécurisant. Je crois que c’est une vraie démarche « de gauche ». En tout cas, ça me parait très important….

  2. Deleuze dit :

    Le Fil…lien passerelle, belle idée que voilà !
    Réapprenons non pas le » vivre ensemble » mais le « vivre en commun » avec un objectif commun celui de remettre l’Humanisme au cœur d’un projet commun par delà nos différences. Faisons que l’utopie devienne réalité !
    Et l’on ne peut avancer que si l’on se respecte soi-même afin de mieux respecter l’Autre ! Courage !

  3. Jondot dit :

    Enfin un discours intelligent . Petit détail :Merci de faire allusion au problème migratoire ,le grand oublié des gilets jaunes

  4. Serge CAO dit :

    Vivement intéressé pour suivre ce nouveau FIL d’espoir!
    Les utopies d’aujourdHui seront les vérités de demain! (Victor Hugo)

  5. Peretz dit :

    Bravo ! Est-ce que vous accepter les vieux ?

  6. Benaut dit :

    Bravo 🎉 belle initiative ! Besoin de pluralité et de vision !

  7. Gilles Dor dit :

    Il y a la France Insoumise pour tout ça. Pourquoi créer encore une structure de plus ???? C’est une Erreur….signé un communiste PCF

    • Colin dit :

      Quand on a lu leur déclaration, on en sait autant avant qu’après.

    • makarof dit :

      IL ne s’agit pas de créer une structure de plus, mais de rassembler toutes les composantes de la gauche pour faire avancer nos aspirations et nos propositions selon les besoins de notre classe (la France d’en bas) , même si certaines comportent des différences. Ce sera toujours mieux que de subir une politique comme celle qu’on connaît aujourd’hui. Chaque fois qu’on a eu un gouvernement à gauche, on a pu progresser. Même si ça n’a pas été aussi bien qu’on aurait voulu.
      En 81, : la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, la diminution du temps de travail à 39 heures. C’est vrai qu’ensuite ça s’est dégradé, surtout avec la suppression de l’échelle mobile des salaires.
      En 97: la cohabitation avec Jospin, les 35 heures !
      Et si on laisse la place à la droite, on fait toujours marche arrière comme avec la loi travail.
      Il s’agit donc de gagner les élections avec une majorité solide à gauche et cela en transformant nos différences en progrès social au lieu de reculs sociaux.

      • Naudin Jean-Jacques dit :

        Vous avez raison, ce n’est pas une structure de plus mais d’un espace pour exprimer notre vision d’une autre société. Coincée dans ses appareils, la Gauche est trop est immobile. La France Insoumise c’est bien mais il faut compléter son projet de société. Parlons Projet d’abord et peut-être nous gagnerons les élections

  8. Cottenceau Gérard dit :

    Oui de tout cœur.
    Communiste depuis plus de 50 ans. Communiste je reste.
    Mais au cours de ces décennies j’ai tellement appris des autres courants de la gauche ! De nos erreurs des uns et des autres.
    Soyons clairs l’éparpillement des chapelles de gauche à la veille des européennes et l’absence de perspectives communes, alors que nous avons tant en commun, au moment de l’émergence du mouvement des gilets jaunes nous rendraient responsables des impasses à venir.

    J’ai la conviction que débattre pour des idées c’est unir, à condition que l’on ait pour ambition de permettre à toutes les catégories de la population de pouvoir y accéder. Ce qui secoue le pays, de façon salutaire si on sait lire au-delà du grossissement médiatique, ne doit pas être sans lendemain.

    Essayons de nous éclairer nous-mêmes avec la volonté de passer la lumière à l’immense majorité pour construire ensemble. Et pas pour tirer la couverture à soi.

  9. pierre revallier dit :

    merci de cette initiative, dialogue, pensée audacieuse et fil directeur. Je vous rejoins avec enthousiasme. Il va falloir de l’audace et parfois sortir des schéma habituels de réflexion hérités du XX et XIX éme. Il y a moyen de reinventer quelque chose.

  10. Michel Vesperini dit :

    Moi, citoyen du peuple de gauche, je suis 4/5 d’accord avec les objectifs humains annoncés par la FI, le PC, l’EELV, le NPA, le PS, la Génération-S, les gilets jaunes maintenant…
    mais…
    je ne partage ni le discours, ni le ton de certains de leurs représentants surtout quand ils tentent de « se bouffer le nez » !
    Alors, oubliez vos égos…mettez vous tous -(ceux que je viens de lister et autres organisation ou mouvements, se réclamant de ce qu’on appelait « idéal de gauche » et maintenant peut-être « idéal humaniste » ou dans le futur « idéal populaire »)- avec les gilets jaunes, autour d’une table pour :

    1 présenter une liste unique aux européennes en précisant le pourquoi de ce choix dont le programme pourrait être sensiblement (je dis bien sensiblement) restreint car correspondant à une plate-forme commune

    2 démarrer un cycle de réunions pour inventer la constitution d’une 6ème République permettant :
    * d’allier représentativité du peuple (élus), démocratie participative, démocratie directe
    * de faire en sorte que notre nouvelle République soit une République démocratique et non plus monarchique (ce qui aura obligé à revoir les modalités concernant les décisions à prendre au nom de la France)
    * trouver et fixer toutes les formes pour que la démocratie s’exerce en s’appuyant réellement sur les diversités d’opinion lorsqu’elles représentent un certain % (à fixer pour mettre au vote toute loi).
    * inventer les structures permettant de garantir de la part des médias une information pluraliste dans toutes les sens des communications
    *en profiter, pourquoi pas, pour tenir ou programmer un grand débat sur les régionalismes remettant à plat Girondisme et Jacobisme (repenser donc une véritable politique des territoires!)

    3 fixer les règles de fonctionnement et de la représentativité de chacun de nos futurs élus ou représentants non élus

    4 cela fait, tirer au sort un de vos représentants (dont une liste aura été établie en fonction du charisme et de la notoriété de chacun) pour se présenter comme notre candidat seul et unique à la prochaine présidentielle et dont la campagne sera uniquement d’annoncer les modalités et le calendrier de la constitution de cette 6ème République avec la démission (garantie !) de ce nouveau président dès que la procédure de mise en route de la 6ème République le permettra.
    Comment en effet, se battre contre les égoïsmes du passé sans bannir les égos de demain ?
    En toute urgence, obligeons ou obligeons-nous, Syndicats et partis de gauche à sortir de la sclérose qui s’est installée d’année en année (elle vient d’enfanter les stylos rouges et d’autres à venir!)

    Que vive la démocratie nouvelle formule !

    Eh oui ! Nous sommes tous des « Charlie en gilet jaune »..
    alors mettons-nous tous autour de la table et réinventons cette nouvelle démocratie qui, au-delà du bienfait pour le peuple français, s’imposera dans les consciences en Europe et dans le Monde comme l’a su si bien faire notre République Française en ces temps de 1789 .

    2019 : Adieu la République monarchique et bonjour la République démocratique !

    • makarof dit :

      pour moi, qui suis désolé de voir s’éparpiller tous ces courants à gauche, je ne peux qu’applaudir!
      j’ai connu jadis en 72 le programme commun et malgré la rupture en 78, on a réussi à voter à « gauche » en 81 . Alors, recommençons en évitant les erreurs passées.
      vive la victoire de la gauche!

  11. Philippe Pastorino dit :

    Une bonne initiative, en espérant qu’elle se développe, réussisse et contribue à la refondation d’une gauche radicale, pluraliste et efficace.

  12. Maingault dit :

    Je suis très heureux de cette initiative. Bravo, nous avons besoin de tisser des liens

  13. Eduardo ARCE dit :

    L’idée me semble bonne et opportune, vu la confusion grandissante qui profite à la bande à Macron et à ses donneurs d’ordres.
    Je crois très important aussi de bien situer l’initiative à gauche : il ne pouvait en être autrement avec Clémentine Autain et Elsa Faucillon.
    Bravo et merci : je suivrai avec grande attention l’évolution de votre FIL.

  14. Laurent dit :

    Une très belle initiative, bravo !

  15. michel sturaro dit :

    J’en ai ras le bol de ces girouettes qui ne pensent qu’a leur avenir politique.
    Je ne paye pas une cotisation pour être trahi a chaque difficulté que peut rencontrer le PCF.
    Vos idées vous les défendez en démissionnant et en les défendant ailleurs que sur mon dos de communiste;
    Il y avait les sociaux traîtres, maintenant il y a les communistes idem. Je ne fais pas des campagnes électorales pour être trompé quelques mois plus tard.

  16. Jean Claude Crozat dit :

    Il y a du boulot, mais cela est réalisable par le partage des idées
    Jean claude crozat

  17. christine labrousse dit :

    Bravo ! entièrement d’accord pour le débat d’idées avec comme fil conducteur « ce qui est bon pour soi est bon pour tout le monde ». J’ai rencontré un gilet jaune qui me disait « puisque le mot révolution fait peur, parlons d’évolution ». Évoluons vers une VIème République juste, solidaire, écologiquement vivable et économiquement viable.

  18. Nicole ROGER dit :

    Bravo les filles !
    Belle initiative !

  19. YVES BEDEL dit :

    Je suis Communiste insoumis. J’ai rendu ma carte de 40 ans PCF ne supportant plus les apparatchiks qui s’auto désignent comme sauveur de la classe dite ouvrière. Ce FIL pour moi ressemble a du Parisianisme bobo dans toute sa bienveillance condescendante pour » le peuple, la politique, et les Artistes ».
    Maintenant, avec le mouvement gilets jaune, le peuple veut s’approprier la politique, et les artistes sont aussi dans le peuple, y a qu’à voir la création artistique que ça génère dans les ronds points et sur la toile.
    Je ne raccroche pas je reste au bout du FIL. A vous de prouver que vous servez la cause du peuple, pour le peuple, par C Autain et E Faucillon.

  20. forestier dit :

    tellement déçu des insoumis ,communistes et je ne parles pas du socialisme que j’attends de voir ,mais cela part d’une bonne initiative

  21. nouvellemer dit :

    À REDIRE LA CHOSE NATURELLE ET INSOLITE :

    LE FIL en question
    C’est le fil de trame du métier à tisser.
    « Qu’est-ce qu’il se trame ? »
    En quoi ce FIL-là peut-il aider à tisser ma vie ?

    Le fil de trame, c’est le fil de la navette,
    Elle va de droite à gauche
    Et de gauche à droite
    Sur le mystère-métier où se tisse notre vie

    Sur le métier, deux autres fils sont aussi là :
    Le fil de chaîne, axial, se déroule dans le temps
    Le fil de lisse, vertical, choisit où passe la navette
    Sans eux, pas de LE FIL, pas de vie qui se tisse

    Le temps avec son devant-derrière
    Nous enchaîne et nous entraine
    La verticalité nous fait tenir droit
    Et nous dit par où faire passer la navette

    Le temps est subi, naissance-vie-mort
    Les forces externes et aussi internes
    Tirent la navette à hue et à dia
    La verticalité fait les ouvertures pour passer

    Nous sommes la navette, ici et maintenant
    Libres et enchaînés dans le cadre de notre vie
    Et Clémentine et Elsa proposent la force du FIL
    Pour aider notre navette à naviguer

    LE FiL nous est montré
    Comme une rambarde à tenir
    Qui semble s’ancrer dans la cave
    Où sont nos racines

    Sur l’escalier en colimaçon
    Il nous est proposé de monter, pas après pas
    En un cercle vertueux qui fasse spirale
    Monter vers qui on est, en lien avec les autres

    C’est chacun qui décide, pour elle, pour lui, pour tous
    Et sur le mode patchwork cette fois
    Lions-nous les-uns-les-autres en une diversité
    Par la force de ce qui nous unit comme humains

    LE FIL peut-il être cette force
    Qui nous aide à assécher la fange mondialiste
    En tout cas, élevons-nous, montons
    Vers la lumière qui nous rend lumineux

    Patrick

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  22. liliane ROSSIGNOL dit :

    Bizarre , les commentaires opposés à l initiative sont effacés .Le mien posté hier a vite disparu
    ça commence mal !!!!

  23. Jean HUBNER dit :

    Je suis d’accord avec vous, comment ne pas l’être. Ce qui m’embête dans cette histoire est que vous ajoutez un nouveau lieu de débats à ceux qui existent déjà, ça devient illisible, les fils, trop nombreux finissent pas s’emmêler. Le principal est de se rassembler, de consacrer tout son temps afin de faire campagne et de soutenir les candidats de LFI aux prochaines élections européennes.
    Bien amicalement.

  24. Jean-Pierre Simard dit :

    De tout coeur militant avec vous les nanas et associés pour contribuer à dépasser les clivages boutiquiers qui vont au suicide collectif. Sur un fil en tenant bien ferme le balancier de l’union quand les contenus sont si voisins malgré les égos dominateurs et les conservatismes de boutique.
    Adelante!

  25. Dominique FILIPPI-CODACCIONI dit :

    Je pense que le FIL doit se fixer comme objectif principal de mettre en harmonie les différentes façons d’être de gauche…étant entendu que cette gauche doit être une gauche de rupture et non d’accompagnement …d’autant plus qu’il est impossible d' »accompagner « le capitalisme dans sa phas financiarisé. Donc pour moi la seule gauche pour moi ne peut être une gauche qui s’arrêterait au milieu du gué…En clair, tous les membres de la gauche mouvementiste donc du FIL doivent avoir vocation à rejoindre une LFI régénérée, démocratisée et appelée à changer en profondeur.En clair , LFI ne peut plus être le porte voix du PG …ce qu’elle est actuellement …

  26. Jean-claude PETIT dit :

    Belle et courageuse initiative,enfin une passerelle visible entre insoumis et communistes….et d’autres.Car sans unité nous risquons de disparaitre (voir l’italie) et n’ayez pas peur des critiques et des réflexes de parti,nos idéaux valent plus que les sectarismes.Jean-claude PETIT

  27. PELAT Jean-Marc dit :

    ok, on prend sur Avignon

  28. Oster-Grellety Rosemarie dit :

    La femme est l’avenir de l’Homme ! Bravo pour cette belle initiative. Osons nous entraîner à décoloniser nos esprits de toute la crasse que le système capitaliste y a, lentement mais surement, insufflé. Il me semble que nous avons la chance d’avoir de bonnes bases : notre devise « Liberté, égalité, fraternité » et la Déclaration universelle des droits de l’Homme -en particulier son article 1er- si nous avons le courage d’aller jusqu’au bout de leur contenu et de leur sens. Et aussi travaillons sur les termes que nous employons en les redéfinissant : la « gauche » personne ne sait ce que c’est depuis 1983, la démocratie plus personne ne met le même contenu depuis … la commune de Paris au moins. Vous terminez votre Edito par « Fraternellement » . Mais, mes soeurs ! Fraternellement est un terme sexiste qui est tout rempli de la domination du masculin sur le féminin! En toute sororité est l’inverse – ce qui n’est pas mieux à terme- mais aurait l’avantage de titiller là où ça fait mal. Inventons des mots qui correspondent à nos idées. De tout coeur avec vous ! Gardons le fil !

  29. […] leur premier texte paru fin janvier, les deux femmes qui codirigent la revue Regards, prennent exemple sur le […]

  30. […] su primer texto, publicadas a fines de enero, las dos mujeres, que co-dirigen la revista. Saludos, tome el ejemplo […]

  31. Albert Martinand dit :

    Dans FIL il y a LFI. OK pour votre excellente initiative mais pas comme poisson pilote du grand ayatollah JLM qui a le plus profond mépris pour les autres forces de gauche. AM

    • makarof dit :

      Si on commence par critiquer les uns et les autres, nous ne parviendrons jamais à réunir.
      Cherchons plutôt les convictions qui peuvent nous rassembler .
      Identifions nos besoins essentiels : avoir les moyens de vivre, l’accès à la santé, au logement, à l’éducation etc.
      La recette pour y arriver sera partie des propositions qui seront débattues ensemble.

    • Dominique FILIPPI-CODACCIONI dit :

      tu commences mal….

  32. Delagrange dit :

    Un espoir de plus, qui est la seule voie possible, face à la passion de la division.

    • Oster-Grellety Rosemarie dit :

      Personnellement je ne trouve pas que ces divisions soient contre-nature. Comment construire un projet commun avec ceux qui se disent socio-démocrates, réformistes, libéraux sur le plan économique, jacobins pour ce qui est de l’organisation de l’Etat, favorables à une hiérarchie dirigeante et à une structure pyramidale des organisations, tenants de la représentation sans comptes à rendre autres que l’élection suivante …. J’attends du FIL qu’il se tourne vers les doux rêveurs utopistes, les décroissants, les tenants du Revenu de base ( attention un vrai universel et décent) et tous les éducateurs plutôt que les matons pour encadrer nos jeunes en perdition. Si c’est pour faire, comme en 81, un programme commun qui tient 2 ans et qui est ensuite complètement bafoué, Non merci ! Il y a, dans les propos des manifestants, de quoi bâtir un programme ! Il suffit d’écouter vraiment. Et d’arrêter de « cataloguer » les gens qui dérangent ( Chouard par exemple) au lieu de profiter des idées nouvelles qu’ils proposent. On récupérerait facilement les gens qui se sont égarés vers le FN comme en 33 les allemands s’étaient laissés emballer par un programme « national-socialiste ». Eh oui, c’est ça.

  33. Lavaud dit :

    Très bonne idée camarades, qui fait suite à notre démarche de l’an dernier.
    Tout faire pour que les volontés transformatrices et émancipatrices se rassemblent.
    En avant

  34. Fernand Etiemble dit :

    Enfin une éclaircie dans un environnement bien sombre à Gauche. A rebours des anathèmes et exclusives réciproques, il est en effet urgent de renouer le fil, de retisser des des liens entre des sensibilités, des forces qui consacrent beaucoup d’énergie à se combattre, à s’isoler…et au final à s’affaiblir ensemble. Je retrouve beaucoup de mes propres constats et attentes dans cette démarche de remise en communs(s), à laquelle je suis prêt à contribuer dans la mesure de mes moyens. Fernand Etiemble, militant et élu local PCF, 35

  35. danlat latour dit :

    Reprendre le fil, quelle heureuse initiative à laquelle j’adhère complétement! Et j’aime ce mot écrit dans le texte des initiatrices : INVENTER.
    En effet, puisque les atteintes aux vies, humaines et naturelles se multiplient, et que le mécontentement s’élargit, pourquoi les actions menées aujourd’hui sont-elles dispersées, ou pire, pourquoi donnent-elles une place au RN. Certes le pouvoir fait ce qu’il peut pour diviser, jusqu’à la résurgence du racisme, mais il n’y a pas que ça !
    Une attaque menée en règle depuis les années 80-90 contre les « bastions » organisés de la classe ouvrière, et le parti communiste, et celle, puis une autre, plus actuelle menée contre les services publics et les acquis sociaux, ont à la fois étendu l’exploitation capitaliste à la grande majorité de la population et entrepris son morcellement afin de réduire ses luttes. Par exemple depuis 1981, lui avoir fait subir les déceptions d’un pouvoir dit de gauche, appliquant une politique de droite.
    Aujourd’hui, il est temps de travailler à unir cette majorité en souffrance, et d’inventer ensemble les conditions d’une démocratie vraiment pour et avec tous. C’est cet apprentissage qui rendra à tous confiance dans la lutte et dans ses possibilités.
    Pourquoi ? Le vécu actuel de la démocratie est médiocre, et même, en déliquescence! Elle est donc à corriger en inventant, partout où des groupements peuvent se faire, contre des « agressions subies » un mode de fonctionnement garantissant l’apport d’informations diversifiées et l’écoute de chaque participant, puis le respect de la prise de décisions majoritaire, (sans rejeter ou dénigrer pour autant les « contestations »), participation de tous à la désignation des responsables pour organiser r l’application des décisions prises, et être précisément informés de leur déroulement, puis en arriver, toujours ensemble à l’analyse critique de l’application des décisions et de leurs conséquences, afin de pouvoir corriger des effets estimés négatifs ou insuffisants, et aller vers de nouvelles décisions. En fait ce devrait-être une chaîne allant de la contestation d’un problème, à la réalisation d’une ou de plusieurs solutions.
    Pour cela, il ne s’agit pas de rassembler sur la base d’un accord idéologique, mais uniquement sur le besoin de changer, et de placer le questionnement des idées au cours du processus démocratique. En fait, je crois qu’il vaut mieux de risquer de commettre des erreurs ensemble, plutôt que de « suivre » l’avis de quelques-uns, de ceux qui se déclarent « guides », la correction des dites erreurs, en sera facilitée.
    En fait, cette forme de démocratie devrait être le résultat d’une interaction entre le nombre et la diversité ! Le nombre étant indispensable pour gagner sur le pouvoir de la minorité exploiteuse, et la diversité pour que chaque humain devienne individuellement une Personne libre et impliquée.
    C’est à suivre, infiniment !

  36. danlat latour dit :

    Continuez, il y a beaucoup à dire sur ce qui permettrait de lutter pour le changement: une démocratie articulant le nombre et les diversités!

  37. ger bor dit :

    je suis partant pour une union qui comprendrait tous ceux qui sont d’accord avec les idées l’Avenir en Commun relooké au goût de 2019 et en plein accord avec François Ruffin et sa culture qui l’ont mené à la victoire à Amiens.

  38. BLACHERE Marc dit :

    Je suis membre du PCF depuis bien des années. Je le suis toujours et bien différemment de naguère, d’hier. Depuis fin novembre je suis tout autant Gilet jaune. Je crois apporter à mes compagnes et compagnons du rond-point quelques réflexions et suggestions utiles et j’apprends d’elles et eux beaucoup. J’y rencontre aussi des Insoumises et Insoumis. Nous partageons tellement de commun… Alors merci à Elsa et Clémentine d’avoir oser franchir le pas pour parvenir à tresser nos intelligences et nous départir de nos replis. Inventer ensemble, combien en avons-nous besoin!
    Marc Blachère

  39. Roland Cazeneuve dit :

    Bonne initiative car on ne peut laisser ce chantier unitaire à l’abandon, même si je pense que cela ne viendra pas d’en haut. Mais tout compte pourvu que ce soit dans le bon sens et ce Fil des communs vient alimenter une dynamique un peu éteinte et qui à bien besoin de se réactiver, devant les sectarismes mortifères et les illusions solitaires.

  40. Naudin Jean-Jacques dit :

    Bonjour,
    Je trouve la Gauche bien frileuse en ce moment. Cette initiative politique du Fil des Communs vient à point nommé. Il était temps.
    Pour faire simple, 5 grands partis se partagent le paysage politique de la Gauche aujourd’hui. C’est une bonne chose car la démocratie mourut un jour de l’uniformité. C’est aussi une faiblesse qui permet au pouvoir de « recevoir » séparément chaque parti pour l’informer de ses décisions. Comment briser cette spirale tout en respectant chaque sensibilité ? Quel pourrait être le socle commun à notre diversité ?
    Et si on faisait un Pacte pour la Transition Ecologique ? ça pourrait faire un projet politique regroupant une gauche bien vivace n’en déplaise à Macron.
    Au NPA, la tendance CLAIRE propose un projet en 10 points dans ce sens
    Au PCF la commission Ecologie travaille aussi dans ce sens et à proposé des Assises de l’écologie qui ont fourni du grain à moudre
    Chez Génération-s on prône une écologie humaniste et citoyenne
    A la France Insoumise on est convaincu que libéralisme et écologie sont incompatibles et on en tire des conclusions qui s’imposent
    Chez EELV on préfère l’écologie du courage à l’écologie de l’affichage
    L’écologie est une autre forme de société que la Gauche doit s’approprier dans la vision anti-capitaliste commune à ces partis. Ca peut commencer tout de suite par l’élimination des passoires thermique et c’est un projet à long terme pour la sortie du nucléaire par exemple.
    Alors qu’attendons-nous pour définir ce projet politique ? Pour boucler ce Pacte sur la Transition Ecologique ? Pour construire un Gouvernement qui luttera contre la fraude fiscale, les lobbies en bref la corruption…qui fera maintenant nos lois pour le bien-vivre en commun et qui devra régulièrement rendre des comptes. Nous avons les compétences et les idées pour cela.
    Pour arrêter la marche de l’ultra libéralisme dévastateur. Pour redonner espoir aux Gilets Jaunes, aux jeunes, aux chômeurs, aux associations, au Peuple, engageons nous résolument, maintenant, avec toutes les forces de Gauche, dans un Pacte pour la Transition Ecologique. C’est urgent

  41. Dominique FILIPPI-CODACCIONI dit :

    JE LIVRE A LA REFLEXION DE TOUS CET ARTICLE DE ROGER MARTELLI PARU DANS « REGARDS »QUI NOUS CONCERNE TOUS DANS LA MOUVANCE LFI AU SENS LATGE….ELSA FAUCILLON EN PREMIER LIEU VU LES RESPONSABILITES QU’ELLES PRENNENT…..
    La stratégie de Mélenchon se discute
    lundi, 12 novembre 2018 / Roger Martelli
    En quelques semaines, la France Insoumise a accumulé des positions qui dessinent une nouvelle stratégie. Comment la comprendre ? Analyses et discussion de ce nouveau moment Mélenchon.
    La France Insoumise est-elle en train de changer de stratégie ? Quelle est cette nouvelle étape du mouvement de Jean-Luc Mélenchon ? Quelle est sa cohérence ? En quelques semaines, on a assisté aux réactions mémorables face aux perquisitions disproportionnées, aux attaques de Jean-Luc Mélenchon contre le « parti médiatique », à la distance à l’égard du Manifeste pour l’accueil des migrants, au soutien chaque jour plus affirmé des blocages du 17 novembre contre les taxes sur l’essence… Autant de prises de position, dans le noyau dirigeant de la France insoumise, qui semblent dessiner une nouvelle cohérence que l’on peut interroger.
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    Une nouvelle stratégie ?
    En politique, plus que dans tout autre domaine, le fond et la forme sont inséparables. Du côté de la France Insoumise, la séquence politique de ces derniers mois peut être lue comme indiquant une inflexion stratégique vers un populisme de gauche plus affirmé. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est trop influent et le moment politique trop préoccupant, pour que cette hypothèse ne soit pas discutée.
    Depuis des années, Jean-Luc Mélenchon a la conviction que la période historique est inédite et qu’elle appelle de l’invention politique. La démocratie, qui était sortie revivifiée du combat contre les fascismes, est désormais dans une crise d’une profondeur inouïe. Le peuple, ce souverain théorique de nos institutions, est marginalisé, démobilisé, désorienté. Il n’est plus, comme autrefois, partagé entre l’enthousiasme et la colère, mais entre la sidération et le ressentiment, oscillant entre la mise en retrait (l’abstention civique) et la tentation du sortez-les tous ! Nous sommes au bout d’un long cycle démocratique, dont la crise globale interdit toute continuation à l’identique des modèles jusqu’alors usités.
    Face à cette évolution, les gouvernants tiennent le même discours, depuis plus de trois décennies : il faut faire barrage face aux extrêmes et sauver la démocratie, en rassemblant les modérés des deux rives, à droite comme à gauche, autour des seules options raisonnables, l’économie de marché et la démocratie des compétences. Or, même rassemblées, les élites au pouvoir sont balayées dans les urnes, par les Orban, Salvini et autres Bolsonaro. Inutile donc de compter sur ces modérés pour éviter le naufrage démocratique.
    L’hypothèse de Mélenchon est qu’il n’est plus temps de canaliser les colères pour les guider vers les repères classiques de la gauche et du mouvement ouvrier. L’ouragan de la crise a balayé tout sur son passage, ne laissant dans son sillage que le constat violent du fossé qui sépare irrémédiablement le peuple et les élites. Les rationalités politiques classiques n’agissant plus, il n’y a pas d’autre choix que de se couler dans le flux des émotions populaires, en épousant le mouvement des colères.
    D’abord rendre visible que l’on est du parti du peuple ; alors la possibilité sera ouverte de disputer sa primauté à l’extrême droite, en montrant qu’elle n’est pas en état de satisfaire aux attentes, d’apaiser les douleurs et de surmonter les frustrations populaires. De cette intuition découlent une suggestion et un pari. La suggestion est que, d’une manière dévoyée, l’extrême droite est du côté du peuple, contre les élites de l’Union européenne. Le pari est que, en acceptant ce constat, on peut toucher les cœurs et les cerveaux de ceux qui se tournent vers cette extrême droite et leur montrer qu’ils font fausse route.
    Les catégories populaires ne sont devenues peuple que lorsqu’elles ont combiné ce qu’elles refusaient et ce à quoi elles aspiraient, lorsqu’elles ont marié leurs colères et leur espérance.
    Nous-le peuple et eux-les élites : telle serait la figure renouvelée du vieil antagonisme de classes qui opposa jadis le noble et les paysans, puis les ouvriers et le patron. Le but, désormais, ne serait plus de rassembler les dominés, mais d’instituer un peuple dans les cadres de la nation. Qu’est-ce que le peuple, selon Mélenchon ? Tout ce qui n’est pas l’élite. S’il prend conscience de lui-même, c’est donc par la détestation de tout ce que l’on désigne comme des élites, renvoyées du côté du eux : la caste, la supranationalité, Bruxelles, Berlin, la mondialisation, le parti médiatique, les bons sentiments voire la « gôche », ce terme qui vient tout droit de l’extrême droite des années trente.
    Les soubassements théoriques du « populisme de gauche » revendiqué sont connus : la paternité intellectuelle en revient à Ernesto Laclau, et l’usage contemporain à Chantal Mouffe. On soulignera ici sa faible consistance historique et, plus encore, son extrême danger politique.
    Les pièges du « populisme de gauche »
    La dialectique du eux et du nous est certes un moment indispensable pour que des individus aient conscience de ce qu’ils forment un tout. Du temps de la féodalité, ceux du village s’opposaient instinctivement à ceux du château. Puis le nous des ouvriers se constitua en groupe distinct, contre la galaxie des maîtres d’usines. Mais la prise de conscience élémentaire de faire groupe n’a jamais suffi à faire classe et, plus encore, à faire peuple.
    Pour que les ouvriers dispersés se définissent en classe, il a fallu qu’ils deviennent un mouvement de lutte agissante, contestant leur place subalterne et aspirant à la reconnaissance et à la dignité. Et pour passer de la classe qui lutte au peuple qui aspire à diriger, il a fallu que grandisse la conscience que la domination de quelques-uns n’avait rien de fatal et que seul le pouvoir réel du plus grand nombre était légitime pour réguler le grand tout social. Les catégories populaires ne sont devenues peuple que lorsqu’elles ont combiné ce qu’elles refusaient et ce à quoi elles aspiraient, lorsqu’elles ont marié leurs colères et leur espérance.
    C’est par ce mariage que la France monarchique a basculé en quelques semaines de la jacquerie paysanne et de l’émotion urbaine à la révolution populaire. De la même manière, c’est en reliant la lutte ouvrière et la Sociale que les ouvriers se sont institués en acteurs politiques, devenant peu à peu la figure centrale d’un peuple en mouvement. À la différence de ce qu’affirme Jean-Claude Michéa, c’est en réalisant la jonction du mouvement ouvrier et de la gauche politique que s’est opérée l’alchimie qui a bouleversé la vie politique française et l’histoire ouvrière, à la charnière des XIXe et XXe siècles.
    Imaginer que la détestation du eux est à même d’instituer le peuple en acteur politique majeur est une faute.
    Aujourd’hui, il n’y a plus de groupe central en expansion, mais les catégories populaires, qui forment la masse des exploités et des dominés, sont toujours largement majoritaires. Elles sont toutefois éclatées, dispersées par les reculs de l’État-providence, la précarisation, l’instabilité financière, l’effet délétère des reculs, des compromissions, des abandons. Pire, l’espérance a été désagrégée par les échecs du XXe siècle. L’espoir déçu, les responsabilités du mal-être se faisant évanescentes, tout se passe comme si ne restait que le ressentiment, nourri par la désignation habituelle des boucs émissaires, substituts aux causes mal perçues des malheurs d’une époque.
    Imaginer que la détestation du eux est à même d’instituer le peuple en acteur politique majeur est une faute. À ce jeu, on nourrit l’idée qu’il suffirait de changer les hommes, à la limite de procéder au grand remplacement, pour retrouver des dynamiques plus vertueuses. Or l’essentiel n’est pas de se dresser contre l’élite ou la caste, mais de combattre des logiques sociales aliénantes qui érigent un mur infranchissable entre exploiteurs et exploités, dominants et dominés, peuple et élites. Le peuple ne devient pas souverain par le ressentiment qui l’anime, mais par le projet émancipateur qu’il propose à la société tout entière. L’objectif stratégique n’est donc pas de soulever ceux d’en bas contre ceux d’en haut, mais de rassembler les dominés pour qu’ils s’émancipent enfin, par eux-mêmes, de toutes les tutelles qui aliènent leur liberté. Il n’y a pas de voie de contournement ou de raccourci tactique pour parvenir à cet objectif.
    Le « populisme de gauche » se veut une méthode de mobilisation et non une théorie ou un projet global. Or l’histoire suggère qu’il n’est pas possible de séparer le projet et la méthode, le but et le moyen. Les grands partis ouvriers des deux siècles passés ne se voulurent pas seulement populaires ou ouvriers ; ils ne cherchèrent pas seulement à représenter un groupe. Pour fonder le désir d’imposer la dignité ouvrière, ils mirent en avant le projet de société capable de produire durablement cette dignité. Ils ne furent donc pas populistes, comme dans la Russie du XIXe siècle, mais anarchistes, socialistes ou communistes. Dans l’ensemble, la plupart ne succombèrent pas à la tentation de rejeter, dans la même détestation, tout ce qui était en dehors du nous ouvrier.
    Ce n’est pas un hasard, si la grande figure historique fut en France celle de Jaurès. Dans le même mouvement, il refusait de laisser au radicalisme mollissant le monopole de l’idée républicaine et il ne se résignait pas au fossé séparant le socialisme et le syndicalisme révolutionnaire. Quoi qu’en disent les Michéa et ceux qui les encensent, c’est cet état d’esprit de rigueur et d’ouverture qui doit primer encore, avec les mots et les sensibilités de notre temps.
    Une stratégie efficace à terme ?
    Est-il réaliste de disputer à l’extrême droite sa primauté, en s’installant dans l’environnement mental qui fait aujourd’hui sa force ? Voilà quelques décennies, la social-démocratie européenne se convainquit de ce que, le capitalisme l’ayant emporté sur le soviétisme, il fallait s’emparer des fondamentaux du libéralisme dominant pour l’infléchir dans un sens plus social. Le socialisme se fit alors social-libéralisme et, par ce choix, il précipita l’idée socialiste dans la débâcle. Le pari du « populisme de gauche » revient à faire de même avec le populisme de l’autre rive. Mais c’est au risque des mêmes mésaventures.
    Prenons le cas de la question migratoire. Que cela plaise ou non, l’obsession migratoire sera au cœur des débats politiques à venir, parce qu’elle s’est hélas incrustée dans le champ des représentations sociales. Pour en minorer les effets délétères, il ne suffira pas de se réclamer de la primauté du social. L’extrême droite, comme elle le montre en Italie, ne dédaignera pas en effet de se placer sur ce terrain. Elle se contentera d’ajouter ce qui semble une vérité d’évidence et qui fait sa force : la part du gâteau disponible pour les natifs sera d’autant plus grande que les convives seront moins nombreux autour de la table. Tarissons les flux migratoires et nous aurons davantage à nous partager…
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    Prenons l’autre cas, celui de la dénonciation du « parti médiatique ». On ne rejettera pas ici l’idée que l’information est dans une grande crise de redéfinition de ses fonctions, de ses moyens et de ses méthodes. On sait par ailleurs que la presse ne bénéficie que d’une liberté relative. Et nul ne peut dénier à quiconque le droit de critiquer, même très vigoureusement, tout propos public jugé erroné ou mal intentionné. Mais comment ignorer que la mise en cause globale de la presse, la dénonciation indistincte de la dictature des bien-pensants, l’affirmation du complot organisé ont toujours été des traits marquants d’une extrême droite dressée contre le politiquement correct ?
    On ne combattra pas l’extrême droite en surfant sur ce qui révèle de l’amertume et du désarroi, au moins autant que la colère. Pour la battre, il faut contester radicalement ses idées, dans tous les domaines, que ce soient les migrations, l’information, l’environnement ou la justice fiscale.
    Comment passer sous silence que, chez nous en tout cas, ce n’est pas de la tutelle politique qu’elle souffre d’abord, mais de la dictature de l’argent, de l’audimat et de la facilité ? Dès lors il est surprenant que, confondant la critique et le matraquage concerté, les responsables de la France insoumise portent les feux, jusqu’à vouloir punir, contre cette part des médias qui s’écarte du modèle, par fonction (le service public) ou par choix (la presse critique) ? S’attaquer à la presse en général contredit l’esprit d’ouverture et de rassemblement sans lequel toute rupture reste une abstraction. Et, que cette affirmation plaise ou non, une telle attaque évoquera, auprès de beaucoup, de bien trop tristes souvenirs…
    Prenons enfin l’exemple du mouvement du 17 novembre. Comment ne pas comprendre la rage de ceux qui, à juste titre, ont le sentiment que les plus modestes sont encore et toujours les plus frappés dans leur pouvoir d’achat ? Mais comment aussi ne pas voir ce que l’extrême-droite a parfaitement saisi ? Ce n’est pas par hasard qu’elle choisit ce terrain, et pas celui de la lutte salariale ou des combats pour la solidarité. Elle a une vieille propension à vitupérer l’impôt, non pas parce qu’il est injuste et inégalitaire, mais parce qu’il serait à l’avantage des fainéants, des magouilleurs, des étrangers, des mauvais payeurs.
    On pourrait profiter du malaise pour s’interroger sur l’usage qui est fait de l’impôt, sur l’injustice profonde des impôts indirects, sur l’impossibilité de continuer indéfiniment à brûler des carburants fossiles, sur la nécessité de combiner justice sociale et exigences environnementales. Or la pression de l’extrême droite pousse à manifester sur une seule idée : bloquons tout et continuons comme avant. Comment dès lors ignorer que, si certains attisent les colères, c’est pour que la jonction ne se fasse surtout pas entre égalité, respect de l’environnement et refonte de la fiscalité ?
    On ne combattra pas l’extrême droite en surfant sur ce qui révèle de l’amertume et du désarroi, au moins autant que la colère. Pour la battre, il faut contester radicalement ses idées, dans tous les domaines, que ce soient les migrations, l’information, l’environnement ou la justice fiscale. Ne pas mépriser ceux qui se sentent floués par les puissants est une chose. Légitimer une œuvre politique de dévoiement, une tentative pour découper en tranches les urgences sociales en est une autre.
    Si l’on se veut du peuple, si l’on affiche le désir de la dignité populaire, on se doit d’arracher les catégories populaires aux idéologies du renfermement. La grande force du peuple a toujours été sa solidarité, pour tous les humbles, où qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. Et, par bonheur, ce trait de mentalité populaire a irrigué l’esprit public de notre pays, pendant longtemps. Ce n’est qu’en le cultivant que, dans le même mouvement, on ranimera la combativité de l’espérance et que l’on tarira les sources qui alimentent l’extrême-droite.
    Ne pas s’enfermer dans la realpolitik
    Entre 1934 et 1936, la gauche du Front populaire n’a pas voulu d’abord convaincre ceux qui se tournaient vers le fascisme qu’ils faisaient le mauvais choix. Elle a redonné confiance à ceux qui doutaient, qui ne reconnaissaient plus la gauche officielle dans la compromission du pouvoir. Elle n’a pas détourné les égarés, mais mobilisé ceux qui pouvaient espérer. Elle n’a pas canalisé le ressentiment, mais redonné au monde du travail et de l’intelligence le sens de la lutte collective. De fait, on ne gagne pas en grignotant les forces de l’adversaire, au centre ou à l’extrême droite, mais en mobilisant l’espace politique disponible à gauche et jusqu’alors délaissé.
    On ne peut pas aujourd’hui se réclamer de la grande expérience du Front populaire et ne pas comprendre pleinement ce qui fit sa force. Ce Front populaire utilisa certes la mise en cause des 200 familles, du temps où le capital se voyait et s’incarnait — le patron avec haut-de-forme et gros cigare. Pourtant, ce qui dynamisa la gauche ne fut pas d’abord la détestation de la caste dirigeante, mais l’espoir d’un monde de justice. Le Front populaire fut antifasciste dans sa détermination, mais ce qui le rassembla jusqu’à la victoire électorale, ce fut le beau slogan positif du Pain, de la Paix et de la Liberté.
    Le rappeler est-il un prêchi-prêcha d’intellectuels sans contact avec la vie ?
    Il est de bon ton, dans une partie de la gauche, de jouer au réalisme. Il faudrait taper du poing sur la table et parler haut et fort : tout le reste ne serait que littérature. Mais ne voit-on pas que c’est de ce réalisme-là que notre monde est en train de crever ? C’est le monde du pouvoir arrogant de l’argent, de l’état de guerre permanent, de l’étalage de la force, de l’égoïsme du « Not In My Backyard ». C’est le monde d’un Bachar el-Assad, d’un Poutine pour qui la démocratie est un luxe inutile, d’un Trump qui n’a que faire du gaspillage insensé des ressources naturelles par les possédants américains.
    Et que l’on ne m’objecte pas la lettre des programmes. Ils peuvent être techniquement parfaits et, pourtant, leur environnement mental peut être contestable. La politique vaut aussi et peut-être surtout par la façon d’être et la culture que l’on promeut parmi les siens. Malgré la dureté extrême des temps passés, l’esprit du Front populaire ne fut pas celui de la citadelle assiégée. Heureusement, cet esprit ne l’emporta que pour une courte période : au début des années trente (la période communiste dite classe contre classe) et dans les années cinquante (les temps manichéens de la guerre froide). Il ne se retrouva pas non plus, en France, dans la triste formule du « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Là encore, ce sont d’autres périodes et d’autres lieux qui ont été submergés par cette culture, qui se veut combative et qui n’est qu’amertume. Or cette façon de voir, à l’Est comme à l’Ouest, au Nord comme au Sud, a conduit partout au pire de l’autoritarisme, quand ce ne fut pas au despotisme.
    De la même manière, il est impensable que l’on s’abandonne à la facilité coutumière qui veut que les ennemis de mes ennemis soient mes amis. Ce n’est pas parce que l’Union européenne a tort (et plutôt deux fois qu’une !) que le gouvernement italien a raison. On ne peut pas créditer le gouvernement italien d’être du côté du peuple : il en est l’antithèse absolue. Ce n’est pas parce qu’un grand nombre de personnes de revenus modestes sont pénalisées par la hausse des prix du carburant qu’il faut manifester avec l’extrême droite et… créer les conditions d’une extension de l’usage des transports individuels. Ce n’est pas parce que le cynisme de Poutine est l’envers de l’humiliation réservée à la Russie par le monde occidental qu’il faut mesurer les critiques, que l’on peut porter aux choix et aux méthodes adoptées par Moscou.
    Prenons garde, à tout moment, à ce que, pensant accompagner les colères, on ne fasse qu’attiser le ressentiment. Si Jean-Luc Mélenchon a réussi sa percée, au printemps 2017, ce ne fut pas pour son populisme, qu’il sut mettre en sourdine jusqu’au soir du premier tour. Entre mars et avril, il parvint tout simplement à être le plus crédible, par son talent bien sûr, et par la radicalité et la cohérence de son discours de rupture, qui éloignait enfin le peuple de gauche de trois décennies de renoncement. Il ne renia pas la gauche, mais il lui redonna en même temps le souffle de ses valeurs et le parfum d’un air du temps. C’est par ce jeu de la trace et de la rupture qu’il s’est imposé.
    Le fond et la forme
    Nous ne sommes plus dans la France et le dans monde des siècles précédents. La combativité sociale demeure, mais le mouvement ouvrier d’hier n’est plus. Quant à la gauche, elle ne peut plus être ce qu’elle a été. Il en a toujours été ainsi d’ailleurs. À la fin du XIXe siècle, le radicalisme a revivifié un parti républicain assoupi. Au XXe siècle, le socialisme puis le communisme ont pris la suite. Aujourd’hui, des forces neuves prennent le relais de la grande épopée de l’émancipation.
    L’extrême droite critique la démocratie représentative en elle-même, la gauche lui reproche ses limites de classe et son incomplétude : entre les deux, aucune passerelle n’est possible. Hors de ces convictions, je ne vois pas d’issue positive à nos combats.
    Penser que les organisations dynamiques d’hier, mais épuisées aujourd’hui, sont en état d’offrir une perspective politique est sans nul doute un leurre. Mais la culture de la table rase n’a jamais produit du bon. Pour que le peuple lutte en se rassemblant, il faut du mouvement partagé, quand bien même ce n’est plus le mouvement ouvrier. Pour que la multitude qui se rassemble devienne peuple, il faut de l’organisation politique et même des systèmes pluriels d’organisations, quand bien même ce n’est plus sur le modèle ancien des partis. La gauche, à nouveau, doit se refonder radicalement. Il n’empêche qu’elle doit toujours être la gauche, c’est-à-dire moins une forme, reproductible à l’infini (l’union de la gauche), que le parti pris rassemblé de l’égalité, de la citoyenneté et de la solidarité.
    Et cette gauche-là n’a rien en commun avec l’extrême droite, pas même la référence théorique au peuple. Celui-ci n’est un acteur historique que par les valeurs qui, à tout moment, ont assuré sa dignité. Il ne se constitue que par le mouvement qui l’émancipe, par l’espérance qui le porte, par l’avenir qu’il dessine, dès aujourd’hui et pour demain. Dans la continuité des fascismes, l’extrême droite critique la démocratie représentative en elle-même, la gauche lui reproche ses limites de classe et son incomplétude : entre les deux, aucune passerelle n’est possible. Hors de ces convictions, je ne vois pas d’issue positive à nos combats.
    J’avance l’idée que les attitudes et prises de position récentes, du côté de la FI, laissent entrevoir une possible cohérence, dont je redoute la propension volontairement « populiste ». Si ma crainte est fondée, je ne cache pas mon inquiétude pour l’avenir. Je souhaite que cette impression soit démentie au plus vite par les actes et les mots. Si ce n’était pas le cas, j’estimerais que nous serions devant un tournant stratégique pour la FI, fragilisant les acquis des années précédentes.
    La présidentielle de 2017 a montré qu’il était possible d’aller au-delà des forces rassemblées après 2008, dans le cadre du Front de gauche. Répéter à l’infini la formule du Front de gauche n’a donc aucun sens. Pourtant, ce n’est pas en construisant de nouveaux murs séparant les composantes hier réunies que l’on créera les conditions d’une dynamique populaire victorieuse. Si ces murs s’avéraient infranchissables, ce serait pour notre gauche la prémisse d’un désastre. La batterie récente de sondages — un sondage isolé ne vaut rien — converge d’ailleurs pour dire que le temps ne semble pas si favorable à la FI et si défavorable au parti de Marine Le Pen.
    Heureusement, la gauche française nous a aussi habitués à des sursauts salvateurs. Mais pour cela, on ne peut faire l’économie du débat le plus large. À gauche, celui qui parle le plus fort n’a pas toujours raison.

  42. Dominique FILIPPI-CODACCIONI dit :

    http://www.regards.fr/politique/article/populisme-ou-gauche-de-la-presidentielle-a-aujourd-hui
    La stratégie de Mélenchon npus dit Roger nous mène droit dans le mur et il le démontre

  43. Jean-Pierre Alexandre dit :

    Bravo Clémentine, bravo Elsa. Voilà enfin non pas le projet (c’est un peu tôt) mais le positionnement et la démarche que j’attendais tant. Tenez bon car c’est vous vous tirez sur le bon fil. De tout cœur avec vous. Comme j’aimerais malgré mon âge « avancé » (né en 1940) apporter ma pierre à votre indispensable et urgente initiative. Salut et fraternité !

  44. makarof dit :

    vous pouvez tourner le problème dans tous les sens, s’il n’y a pas une union des gauches on sera obligés de continuer avec les autres .
    Alors, nous les électeurs de gauche , nous ne voulons que changer:
    – de système électoral (la proportionnelle)
    – de système concurrentiel, (libre et non faussé, est soit disant le progrès)
    – de stratégie en pensant que l’idée de donner plus d’argent aux riches qui n’en ont pas besoin, les incitera à investir et créer de l’emploi est fausse .
    – de considérer que les heures supplémentaires exonérées est un progrès
    – de système de protection sociale en privilégiant la Sécurité Sociale au lieu des mutuelles . Avec comme devise: « cotiser selon ses moyens et accéder selon ses besoins ».
    – etc.

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