Du Grand Débat au Grand Spectacle

La surdité du Président de la République est à son comble. Aux centaines de milliers de manifestant.e.s demandant son départ, c’est par six heures d’émission en direct, que ce dernier leur a répondu. Sa démission aurait suffit mais que voulez-vous, Jupiter pense grand, mais surtout long. Nous voilà forcé.e.s d’écouter pendant des heures et sur tous les plateaux, les platitudes de son fan-club. Nous avions l’habitude à ces occasions d’être témoins du cynisme de la droite affairiste et de l’hypocrisie goguenarde des socialistes. Cette fois-ci, comme pour ne pas nous décevoir, la macronie a innové, nous proposant le crétinisme passionné. Il est en effet curieux qu’avec des idées si peu lumineuses, la République en Marche compte dans ses rangs autant d’illuminés.

Déjà, en ce jeudi 24 janvier, Marlene Schiappa et Jean-Michel Blanquer nous assommaient de lieux communs à en perdre la tête, répétant obtusément toute cette fin de semaine «qu’on a besoin d’unité », que « la démocratie c’est bien », et que « parler tous ensemble est une chance ». Quelle passion déployée pour débiter autant de lapalissades ! Je n’ai point regardé le débat chez Hanouna, sans doute par peur de trouver chez lui, par contraste, une quelconque forme d’intelligence. Vous remarquerez, au passage ce formidable art du « en même temps » macronien qui permet à la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes d’accourir sur le plateau du plus sexiste des animateurs lorsqu’il s’agit de défendre leur politique de riche. Cette dernière n’en est pas à une contradiction près et s’est même permise de se justifier en se comparant à l’illustre astronome qui nous avait appris que le Terre tournait autour du Soleil. La “Galilée” des temps modernes vous apprendra donc que le gouvernement n’en a pas fini de vous faire tourner en bourrique !

Comme dans un mauvais pastiche du Guépard, où il faudrait « tout dire pour ne rien dire», la stratégie du brouhaha s’est installée. Que de bavardages et de banalités insupportables pour tenter de faire oublier que si « grand débat national » il y a, c’est que, acculé, le gouvernement fut forcé de discuter. Combien de ces futilités pensent-ils devoir ainsi nous servir pour faire oublier leur mépris constant? Difficile de ne pas être perplexe face à autant d’inepties. Certes, il est possible que leur volonté d’enterrer le mouvement les conduise à vouloir produire ce discours consensuel et insipide au moment même où les plus avisés ont tout de même remarqué que le conflit social fait rage. Pourtant, je reste abasourdi de l’ardeur que les sbires macronistes mettent à la tâche, et ne peux m’empêcher de craindre qu’ils ne croient véritablement aux inanités qu’ils débitent. Certains ministres ou député.es n’ont “vu” ni violences policières, ni contestations. Sourds et aveugles, nous les aurions préférés muets.

Il sera ardu de résister à ce nouveau style véhément qu’est la bêtise organisée. Comment lutter contre l’absence de sens? Sonné.e.s par leurs sornettes successives nous risquerions de leur céder du terrain. Ce grand débat est devenu un grand spectacle. Alors, ami.e.s de bonne intelligence, de grâce, zappez!

Paul Elek

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