Romain Rolland, Gramsci et les Gilets jaunes

La citation de la semaine : 

« Quand l’ordre est l’injustice, le désordre est déjà un commencement de justice. » « Le 14 juillet », dans Théâtre de la révolution, Romain Rolland, éd. Albin Michel, 1926, p. 36

Le texte de la semaine

Gramsci :
Remarques sur certains aspects de la structure des partis politiques dans les périodes de crise organique (à rattacher sur mes notes sur les situations et les rapports de force).

A un certain point de leur vie historique, les groupes sociaux se détachent de leurs partis traditionnels, c’est-à-dire que les partis traditionnels, dans la forme d’organi­sation qu’ils présentent, avec les hommes bien déterminés qui les constituent, les représentent, et les dirigent, ne sont plus reconnus comme expression propre de leur classe ou fraction de classe comme leur expression. Quand ces crises se manifestent, la situation immédiate devient délicate et dangereuse, parce que le champ est ouvert aux solutions de force, à l’activité des puissances obscures, représentées par les hommes providentiels ou charismatiques.

Comment se forment ces situations d’opposition entre « représentés et repré­sen­tants » qui, du terrain des partis (organisations de parti au sens étroit de l’expression, domaine électoral-parlementaire, organisation de la presse) se répercutent dans tout l’organisme d’État, tout en renforçant la position relative du pouvoir de la bureau­cra­tie (civil et militaire), de la haute finance, de l’Église et en général de tous les orga­nismes relativement indépendants des fluctuations de l’opinion publique ? Le processus est différent dans chaque pays, bien que son contenu soit le même et ce conte­nu est la crise d’hégémonie de la classe dirigeante, qui se produit, soit parce que la classe dirigeante a essuyé un échec dans une de ses grandes entreprises politiques pour laquelle elle avait demandé ou imposé par la force le consentement des grandes masses (comme dans le cas de la guerre ), soit parce que de grandes masses (surtout de paysans et de petits bourgeois intellectuels) sont passées tout d’un coup de la passivité politique à une certaine activité et présentent des revendications qui, dans leur ensemble chaotique, constituent une révolution. On parle de « crise d’autorité » et c’est précisément cela la crise d’hégé­monie, ou crise de l’État dans son ensemble.

Une réponse

  1. Mosca dit :

    Juste un bref commentaire sur les premières lignes du texte.
    Les bureaucraties politiques et syndicales ne sont plus reconnues comme « expression propre de leur classe… ».
    Et quand le pouvoir lui aussi ne reconnaît plus ces « corps intermédiaires » alors il y a « crise d’autorité générale ».
    Pourquoi même la France Insoumise est balayée dans cette crise ?
    Je vous invite, par exemple, à lire ou relire « Sociologie du parti dans la démocratie » de Robert Michels où sont analysées les dérives des partis et organisations syndicales qui deviennent des bureaucraties bunkerisées où chacun gère sa place et sa carrière et où hommes et organisations singent la classe dominante.
    On entend peu l’opposition de gauche (politique et syndicale) parler ou reprendre le concept de tirage au sort, parler des carrières politiques et syndicales (le thème de 2 mandats maximum dans une vie politique ou syndicales, le strict non cumul des mandats…). On laisse peu de place aux chercheurs et intellectuels « radicaux ».
    En janvier c’etait le centenaire des assassinats de Karl Liebnecht (le 15) et de Rosa Luxemburg (le 19). Assassinés par des militaires haineux sur ordre d’un social démocrate consensuel.
    Consensuel voilà la première qualité des professionnels de la politique et du syndicalisme.
    C’est bref, naturellement ça demande plus de travail mais à voir toutes ces gesticulations on peut perdre ses nerfs.

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